Et toi, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? #2

Et toi, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? #2

[Attention, article défouloirs]
J’écris cet article sur un coup de tête, encore allongée dans mon lit en plein milieu de la matinée après une semaine d’insomnie (merci la rhino-pharyngite, puis la sinusite, puis la cortisone !).
Cet article, en réalité il s’est écrit dans ma tête, alors que je tentais désespérément de trouver le sommeil la nuit dernière, sans succès. Les mots coulaient à flot dans mon esprit, il était évident que j’allais devoir les coucher sur le clavier.
C’est un article défouloir, dans lequel je vais encore trop parler de moi (moi moi moi moi), dans lequel je serais probablement encore bien plus impudique que je ne le voudrais et qui reflète à coup sûr mon état d’esprit du moment emprunt d’une extrême fatigue.
Telle la conclusion d’une grande lassitude, que je ne ressens pas pour la première (ni pour la dernière) fois et qui est devenue cyclique. Une lassitude qui finira par passer, comme toujours, lorsque j’aurais repris des forces et du poil de la bête et qui m’inspire aujourd’hui cette réflexion sur ce qui occupe la majeur partie de nos journées : nos emplois !

Imaginaire VS réalité

L’on demande souvent aux gens ce qu’ils font dans la vie (comme si cela devait influencer qui ils sont…), mais savez-vous réellement ce qu’il se cache derrière leur réponse ? Que savez-vous réellement du quotidien d’une secrétaire médicale ? d’une institutrice ? d’un comptable ou d’une maraîchère ? A moins de les connaître personnellement (et encore), ou de partager leur quotidien, leur réponse ne vous laisse entrevoir qu’une infime partie de ce qu’ils font au jour le jour. Une partie issue bien souvent de votre propre imaginaire.

Si l’on se croisait et que vous me demandiez ce que je fais dans la vie, je vous répondrais probablement ce que je réponds à tout le monde, ne sachant trop quoi répondre réellement… Je vous répondrais « je suis fonctionnaire territoriale » ou « je travaille dans une mairie« . Cela ne vous donnera en rien une image réaliste de ce à quoi je passe mes journées. Au mieux vous m’imaginerez derrière un bureau, entrain de remplir de la paperasse,au pire vous aurez immédiatement l’image d’une personne qui tire au flan et passe ses journées à aller boire des cafés avec ses collègues. Certainement celle de quelqu’un qui bénéficie de bien des avantages et qui est payé à ne rien foutre.

 Peut-être alors devrais-je vous en dire plus, vous dire par exemple l’intitulé de ma fiche de poste, celui que j’occupe depuis maintenant 5 ans.
Je suis coordinatrice d’un conseil communal d’enfants et agent administratif polyvalent.
Kezaco certain(e)s me diront ! Et ils auront raison !Cela ne veut strictement rien dire et votre imaginaire voit là probablement le titre d’un poste fictif.
Cela ne vous donne aucune idée de ce qu’a été mon parcours, de quelles études j’ai fait (ou non) pour en arriver là, par quelles épreuves je suis passée, quel défi j’ai dû surmonter, pire encore cela ne vous donne pas la moindre idée de ce à quoi j’occupe mes journées.

Et toi, tu fais quoi ?

Je m’interroge souvent sur ce que font les gens comme travaille. Le plus souvent à l’annonce de leur poste je n’ai aucune image qui me vient. Je suis pourtant dans l’imaginaire, j’ai besoin de me représenter les choses de manière mentale, de les visualiser pour les comprendre. Mais en matière de profession c’est souvent le néant.
Je suis bien incapable de vous dire à quoi passent leurs journées une responsable de boutique, un commissaire divisionnaire au service du transport routier, une assistante de direction, un ouvrier qui travaille en 3-8 ou encore un prof…
J’en ai une vague idée oui puisque j’ai choisi des exemples de professions qu’exercent mes proches mais en réalité cette image que je me fait de leur journée est à coup sûr très éloignée de LEUR réalité.

Fonctionnaire pas pépère

De mon côté et si je me réfère au cadre d’emploi de la fonction publique territoriale je ne suis que simple adjoint administratif de catégorie C.
Je suis censée assurer des tâches administratives et comptables d’exécution. Ils peuvent exercer des fonctions d’accueil et assurer des travaux de guichet, de correspondance administrative et de comptabilité.
Dans la réalité j’exerce d’autres missions et des responsabilités, qui devraient être attribués à un cadre de catégorie B.

Dans les faits, kezaco ?

Mes missions sont diverses et variées :

J’anime et je coordonne un groupe de 30 enfants âgés de 9 et 10 ans dans le cadre du projet éducatif communal. Il s’agit d’un groupe d’enfants élus par leurs camarades de classe pour un mandat de deux ans durant lequel ils travailleront avec moi à la découverte de la citoyenneté, à la mise en œuvre de projets au sein de la ville sur des thèmes variés tel que l’environnement, la solidarité et l’intergénération. Ils participent et je les encadre et les prépare à la majeur partie des manifestations communales( commémorations, cérémonies divers te variées)
J’organise à chaque rentrée les élections des nouveaux élus puisque l’instance est renouvelée de moitié chaque année.
Je planifie leurs activités, les réunit tous les mercredis pour organiser avec eux leurs projets et les divers et nombreuses sollicitations dont ils font l’objet. Je communique chaque semaine avec leurs familles et coordonne avec les parents les emplois du temps de chacun.
Je coordonne également un échange culturel entre ce groupe d’enfants et la commune jumelée à la nôtre en organisant tous les deux ans un voyage à l’étranger avec eux.
A chaque fin d’année scolaire je dresse un bilan de l’année écoulée et doit fare des propositions pour l’année suivante.
Deux fois par an j’écris un petit journal qui relate les actions mises en œuvre avec les enfants et qui est distribué dans tous les foyers.

A côté de cela j’ai en charge la gestion du dossier de transport scolaire de la ville. Je prends les réservations de transport nécessaires aux écoles et aux associations, je planifie les semaines du chauffeur communal et pallie à ses éventuelles absences ou aux pannes de son véhicule en faisant appel à un chauffeur remplaçant ou, le plus souvent, à une société extérieure. Je gère les urgences, les pannes, les retards, les erreurs de réservation, les incompréhensions…
Je suis le relais entre le chauffeur, les écoles et notre responsable de service. Je m’entretiens avec lui plusieurs fois par semaine, pour lui donner son planning et les ordres de mission rédigés par mes soins et nécessaires à ses déplacements, l’appelle plusieurs fois par semaine (voir par jour)et suis bien souvent son porte parole au près de notre cheffe.
Je gère également toute la gestion administrative des séjours périscolaires organisés par la commune (recherche de logements adaptés, réservation, inscription, suivi des dossiers, contacte avec les familles …)

J’organise et coordonne également deux gros dossiers de manifestations événementielles communales, l’une sur le thème du jardin (au printemps) l’autre dans le cadre de la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida. Des mois et des mois de travail sont nécessaires à cela.
De manière ponctuelle, j’aide le service culturel de la ville à l’accueil du public lors des spectacles en soirée et suis secrétaire de bureau de vote lors des élections.

Et tout cela pour quoi ? A peine 150 € de plus que le SMIC, énormément d’heures supplémentaires le soir et les week-end que je récupère en RTT et 7 semaines de congés payés, 19€ d’aide pour ma mutuelle, pas de droit au chômage, pas de droit à la formation professionnelle (ou sous des conditions ubuesques), pas de sortie de secours. V’là les avantages !!!

Avant cela j’ai travaillé pendant 10 ans dans le service informatique/communication de la même commune dans laquelle je travaille toujours aujourd’hui.Ce n’est pas réellement par choix que je travaille toujours là,disons que la vie en a décidé ainsi et ce pour de multiples raisons.
Durant cette décennie j’ai mis à jour quotidiennement les sites internet communaux, donner des cours d’informatiques aux seniors, animé un Espace Public Numérique et organisé chaque année une manifestation sur le thème du multimédia.
Avant cela j’ai été caissière, babysitteur, palefrenière bénévole, animatrice de centre de loisirs pendant les petites et grandes vacances. J’ai aussi travaillé quelques mois au sein d’un syndicat d’initiative et fait de l’aide au devoir. J’ai animé des ateliers informatiques dans les écoles primaires avant de proposer des ateliers de loisirs créatifs aux enfants.
J’ai été à l’origine de la création de l’AMAP de ma commune et ai participé à l’organisation d’un festival musical au sein d’une association culturelle.

Je n’ai pas fait d’études, car j’ai eu mon fils très jeune et ma priorité était d’avoir un salaire pour subvenir à nos besoins. J’ai passé un diplôme universitaire dans les métiers de l’Internet à distance lorsque j’ai débuté dans la commune qui m’emploie encore aujourd’hui. Je ne suis pas allée jusqu’à la licence pour des raisons personnelles. Au final, rien de tout cela n’a vraiment eu d’importance puisque tout ce que je sais aujourd’hui je l’ai appris moi même, du fait de mon expérience. J’aimerais aujourd’hui réussir à le valoriser.

J’ai plusieurs fois passé des concours, en y allant chaque fois les mains dans les poches sans jamais les avoir préparés sérieusement car aucun d’entre eux ne correspondent à la moindre chose de ce que je fais au quotidien ni ne serait capable de rendre à l’évidence les réelles compétences dont je dispose.

So what ?

J’aimerai pouvoir bénéficier d’un bilan de compétences mais comme rien n’est simple dans la fonction publique je n’y ai pas encore eu droit. Une nouvelle demande pourra être faite l’année prochaine.
Et ce bilan de compétences, j’ai fini par le faire moi même ; àforce de réflexions, de remises en question, de discussions.
Je connais mes forces et mes faiblesses.

Je suis entière, émotive, hypersensible, je prends les choses très (trop) à cœur,je suis déterminée et indépendante.
Je suis une experte en organisation et en planification. J’ai toujours plein d’idées, je maîtrise les outils de communication et multimédia. J’apprends etje travaille vite, très vite, bien plus vite que la plupart de mes collèges ce qui me permet d’abattre le double de tâches dans le même temps. Je ne sais pas dire non et je m’implique beaucoup trop dans tout ce que je fais. J’attends toujours bien plus des personnes avec qui j’ai des interactions que ce qu’ils sont enclins me donner et suis très souvent déçue. Je suis solitaire et je déteste avoir à demander quoique ce soit. Je préfère toujours faire les choses par moi même, quitte à me tromper.
J’ai un réel attrait pour l’événementiel et un net penchant pour tout ce qui touche au développement durable et à la nature, ainsi qu’au bien-être et à l’alimentation. J’aime les activités créatives.
J’ai la fibre sociale mais je serais incapable d’en faire mon métier parce que cela me boufferait.
Parfois je rêve d’un boulot purement administratif mais au fond je sais que je m’y ennuierais, que j’ai besoin que ça bouge, besoin d’inventer, organiser et de mettre en place des projets, besoin que mes missions se renouvellent sans cesse. Parfois j’envie celles de mes collègues qui ne travaillent jamais le soir ni les week-end, qui n’ont jamais à faire d’heures supplémentaires c’est vrai mais je crois qu’au fond, ce qui m’anime vraiment ne me donnera jamais la chance de pouvoir travailler dans les limites d’un temps imposé.

Avec tout cela il m’est arrivé de postuler à des dizaines de postes qui me plaisaient, dans d’autres communes, dans d’autres régions. Le résultat, deux ou trois entretiens et rien de plus.

J’espère malgré tout réussir un jour à ne plus arriver à des extrêmes de fatigue physique et morale comme je les subis chaque année.

Le job de mes rêves n’existe pas

Pour autant, je ne crois pas au concept de « métier de mes rêves ».
Pendant longtemps j’ai rêvé d’être indépendante, de vivre de ce blog et d’activités connexes, de travailler chez moi, pour moi et j’ai fini par me rendre l’évidence, cela ne se fera jamais. Pour de multiples raison, là encore et tant pis.

Je me rêve parfois en prof de yoga, en naturopathe, en chargée événementielle, je me vois retravailler dans la com’, dans le milieu culturel ou associatif, ouvrir un salon de thé façon recyclerie ou librairie alternative…Je me suis même vue créatrice de chocolat

Changer de vie, oser, prendre son destin en main… tout cela est très à la mode mais dans la réalité ce n’est pas si simple. Lorsque l’on a pas droit au chômage, que l’on a un crédit immobilier à payer pour encore 15 ans, un conjoint qui gagne à peine plus que soit et dont le seul salaire ne suffirait pas pour vivre à 3 même pendant quelques mois, pas de quoi épargner, des études universitaires à prévoir dans les mois à venir pour son enfant(enfin j’espère) les portes de sorties sont peu nombreuses, bien trop risquées et deviennent inconcevables. Celles et ceux qui le peuvent ont le mérite de le faire, la chance de le pouvoir et cela demande malgré tout du courage même lorsque l’aspect financier est un soucis qui peut-être pallier sans trop de sacrifices.

Je ne suis pas dans ce cas et j’en ai pris mon partie. Je ne renie pas ce que je suis, ni ce je fais, j’aime mon travail même s’il est parfois (souvent) source de doutes, de ras le bol, d’immense fatigue et de manque d’équilibre entre mes aspirations et le quotidien. Je suis fière de travailler pour le service public, j’ai mis longtemps à le comprendre mais ce que je fais, (en dehors d’être politique) c’est avant tout pour les gens, pour leur quotidien, j’œuvre et mes collègues avec moi à ce que leur vie soit plus simple, leurs déplacements aisés, leurs enfants éduqués, leur ville agréable.

Je suis en lutte perpétuelle entre mon besoin d’ancrage, de repos, de temps avec mes proches ou seule et ces missions qui me tiennent éloignée de la maison bien plus que je ne le voudrais, l’envie que mes compétences soient reconnues, et pas uniquement par des remerciements.
Mon défi aujourd’hui c’est de faire valoriser mon engagement sans faille par des actes et des faits.Un petit peu plus d’argent chaque mois sur mon compte en banque et surtout une nomination à un grade qui correspond réellement à ce que l’on me demande.

Je crois au potentiel, aux compétences de chacun, je crois au destin, à cette petite magie qui un jour croise notre chemin, je crois qu’un jour viendra où toute cette lassitude trouvera sa raison d’être, où la vie me semblera plus simple, où mon existence correspondra à ce que j’en attends.

En attendant, je pense à toutes celles et tout sont qui n’ont même pas le luxe de toucher un salaire, qui galèrent pour joindre les deux bouts, à ces familles qui doivent vivre avec moins que le minimum vitale, à ces hommes et à ces femmes qui font jusqu’à 4h de transport par jour, à celles et ceux qui sauvent des vie tout en faisant des gardes de 12h et plus, qui ne voient que trop peu leurs enfants, qui jonglent entre les nounous, qui passent leur temps les yeux rivés sur leur montre, ont le stress est devenu une seconde peu, qui refusent les arrêts maladie de leur médecin par peur d’être renvoyés s’ils s’absentent ne serait-ce qu’une journée, aux intérimaires, aux précaires, à ceux qui n’ont rien.
Je relativise, me rend compte de la chance qui est la mienne, du chemin parcouru et je me dis qu’après une peu de repos j’y verrais certainement plus claire.

Malgré tout je me sens amer et je demande à quel moment on a cessé de penser à l’humain dans tout ça et si un jour notre société prendra en compte, réellement, le bien-être au travail…



4 thoughts on “Et toi, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? #2”

  • Je te confirme que tu fais du boulot de niveau catégorie B, c’est complètement fou ta fiche de poste ! J’espère que tu pourras trouver un poste qui te corresponde (adéquation entre tes envies et les réalités des conditions de travail). Malheureusement, la fonction publique actuelle n’a pas bon vent et les dirigeants préfèrent les profits au bien-être de leurs employés 🙁 bon courage !

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  • C’est terrible car comme tu le dis à la fin de ton article, il y a un moment où l’on a cessé de penser à l’humain et nous sommes tous en lutte perpétuelle à un moment ou à un autre de notre vie professionnelle. On n’est jamais 100% satisfaits puisque la société dans laquelle nous vivons est une société de performance et on doit toujours en faire plus en ayant des journées qui ne font toujours que 24h, avec une famille, les transports pour aller travailler… Et on peut tout plaquer… mais si ça ne marche pas tout de suite on a forcément quelqu’un qui nous retombe dessus à un moment ou à un autre. On devrait pouvoir faire ce que l’on aime dans la vie, pas « travailler parce qu’il faut payer des factures à la fin du mois ». Des fois le problème me semble insoluble…

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    • C’est vrai que parfois les solutions semblent inexistantes pourtant j’ai envie de croire que c’est possible, j’en ai la preuve autour de moi 🙂 Après… notre société est ce qu’elle est, elle a énormément de défaut et je suis pet-être trop utopiste . Avoir vu le docu Après Demain ce we me l’a encore prouvé. J’espère à mon échelle pouvoir sortit un jour de ce système qui nous oblige à vivre pour travailler et non l’inverse. A ce sujet j’adore ce que dit Yuval Noah Harari sur l’argent… C’est la plus grosse connerie que l’on ai réussie à nous faire avaler et pourtant tous les jours on continue à y croire !

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  • Je partage l’idée que ton job est un B. J’ai vu s’ajouter les missions au gré des projets municipaux sur ta fiches de postes de façon parfois surprenante (pour rester poli !)
    Comment pense t’on à l’humain? De façon individuelle aujourd’hui je crois. Penses y pour toi et les tiens.
    Le monde est finalement très rude, on ne se balade pas avec une lance et une peau de bête mais pas loin…

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