{Humeur} Je suis hypersensible, mais je me soigne

{Humeur} Je suis hypersensible, mais je me soigne

Il y a quelques jours, Julie du blog Friendly Beauté a publié sur Facebook un petit texte dans lequel elle parle de son hypersensibilité. Ce texte a tout de suite attiré mon regard et je n’ai pu m’empêcher de lui répondre.
Depuis, cela tourne et tourne encore dans ma petite tête, les mots viennent sans que j’ai à les chercher, ça coule en moi comme un torrent et je ressens un immense besoin de les coucher sur clavier.
Comme Julie (et bien d’autres) je suis hypersensible.

Poser des mots sur des émotions

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre et à mettre ce mot sur ma façon de gérer mes émotions.
Il y a quelques années je pensais être juste une « chialeuse » comme toutes les femmes de ma famille (je ne vous raconte même pas dans quel état ma mère, ma tante et moi étions le jour de mon mariage…de vraies fontaines !)
En vieillissant j’ai posé le mot empathie sur ce que je ressentais mais il n’y a pas que cela et si aujourd’hui je sais que je suis hypersensible, je me rends compte que cette hypersensibilité évolue avec moi. Je ne suis plus la même que celle que j’étais à 20 ans, à 30 ans et comme je vous le disais dans cet article, je sais que les années à venir seront elles aussi faites d’une multitude de transformations, de remises en question et d’évolution.
Comme dirait certains, je me bonifie avec l’âge 😉
Mais je crois que je ne suis pas la seule, parce qu’avec l’âge vient la raison, la connaissance de soi, des autres, un certain lâcher prise, une certaine évidence.
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Une hypersensibilité, des hypersensibles

Cette hypersensibilité peut prendre plusieurs formes, elle n’est pas uniforme, ni même commune, elle est individuelle et se traduit selon les gens de mille et une façon.
Le point commun de tout cela : une capacité à ressentir les choses plus vivement, une nécessité de prendre le temps d’analyser les situations.

Je reprends également l’article mentionné par Julie qui tente de mentionner les points communs des hypersensibles.

  • Les hypersensibles réagissent plus facilement, et vont au fond des choses : c’est vrai et c’est même le principal aspect de l’hypersensibilité et sa principal qualité.
    L’empathie (la « faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent ») va de paire avec l’hypersensibilité.
  • Ils préfèrent les sports individuels et travailler dans des espaces clos : J’irais même encore plus loin, car dans mon cas non seulement j’ai toujours détesté les sports collectifs (sans parler de mon dégoût de la compétition) et j’ai eu énormément de mal à me faire à mon nouveau bureau que je partage avec quelqu’un que je ne connais absolument pas et dans lequel je dois subir de nombreux passages et coups de téléphone (après 10 ans totalement à l’écart du reste de mes collègues) mais en plus de tout cela je préfère de manière général les petits groupes aux grandes assemblées, les têtes à têtes aux grandes tablées.
    Je me sens extrêmement mal à l’aise en groupe, pas à ma place, perdue au milieu de ce trop plein d’information que ma tête et mon coeur doivent gérer, ingérer. Parce qu’être hypersensible c’est ça, être face à plusieurs personnes et les ressentir chacune vivement, dans ce qu’elles sont, dans ce qu’elles pensent, dans ce qu’elles font. Et c’est épuisant.
    A côté de ça ne me demandez pas de vous dire comment était habillé untel la dernière fois que je l’ai vu, si il ou elle a grossit, maigri, changé de lunettes…je ne fais absolument pas attention à ce genre de chose.
    Bon, là aussi je me fais violence et j’apprends à m’ouvrir aux autres. Je me suis même décidée à faire partie d’une association et cela me plaît énormément.
    La contrepartie ? un grand besoin d’avoir des moments de solitude pour maintenir l’équilibre, me ressourcer, faire le vide.
  • Ils pleurent plus fréquemment : une fontaine je vous dis ! Heureusement je me suis calmée de ce côté là aussi parce que pendant des années je pleurais pour tout. Tout. Du truc le plus « normal » (tout ce qui touche à mon fils) au truc le plus débile (un épisode de la petite maison dans la prairie ou une pub avec des petits chats ou un bébé) A me sentir complètement zinzin !!!!
    Aujourd’hui, je gère beaucoup mieux mes émotions, je pleure beaucoup moins, pour beaucoup moins de choses même si cela reste pour moi un moyen d’expression de mes émotions (de joie, de peine, de doute…) Le revers de la médaille c’est que si j’extériorise moins, j’intériorise donc plus et c’est mon corps qui morfle. La moindre tensions et hop le cou bloqué, la digestion en vrac, le sommeil perturbé.
  • Plus attentionnés que la moyenne : là encore ce n’est pas faux. Le revers ? on attend souvent des autres qu’ils le soient tout autant et on est souvent déçus.
  • Ils ont horreur de la violence au cinéma : Et pas qu’au cinéma !!!!
  • Ils fuient les conflits. Oh que oui ! que ce soit dans ma vie personnelle ou professionnelle je déteste les situations conflictuelles. Mais j’essaie de travailler là dessus en me disant que c’est parfois nécessaire d’exprimer son désaccord sans que cela soit synonyme d’abandon. Oser dire non, sans avoir peur de ne plus être aimé.

Vous l’aurez compris, l’hypersensibilité peut se manifester de bien des manières et je trouve que l’article l’illustre assez bien même si je ne me reconnais pas dans sa totalité.

Un défaut ou une qualité ?

J’ai failli écrire « je souffre d’hypersensibilité », comme si c’était une maladie ou une tare (j’ai lu « grand douillet affectif » dans un magazine au lieu d’hypersensible et j’ai trouvé cela très très péjoratif) alors que ce n’est pas du tout comme ça que je le ressens. Je suis hypersensible, point.
Je vis plutôt cela comme une qualité même si cela peut également très vite devenir un piège et surtout être très mal compris.

Être à l’écoute des autres et faire preuve de compassion est je pense une grande qualité. Je sais écouter les autres (ce n’est pas pour rien que petite fille je voulais devenir psychologue…puis en grandissant travailler dans le social…) et je crois que l’on m’apprécie pour cela.
Mais écouter les autres peut, lorsque l’on est hypersensible avoir des conséquences auxquelles on ne pense pas et dont il faut savoir parfois se protéger.
S’il m’arrive d’être la confidente de mes ami(e)s et que je le fais avec un immense plaisir et une grande affection, cela a des répercutions auxquels moi même je ne pense pas sur le coup.
Un exemple très concret; Il y a peu de temps j’ai prêté l’oreille à une jeune femme que je connais assez peu mais envers qui j’ai de l’affection (ça aussi c’est je crois un trait assez commun des hypersensibles, l’on s’attache assez facilement, mais pas à n’importe qui !) et qui vivait une période difficile. Mon affection envers elle m’a poussée à lui tendre la main, à lui donner un peu de mon temps, de mon écoute et cela sans aucun regret. Ce que je n’avais pas prévu c’est que ses confidences et cette situation que je vivais à travers elle me toucherait au point d’en perdre le sommeil pendant plusieurs jours.
Parce que si l’écoute est comme une seconde nature chez l’hypersensible, il faut énormément de temps ensuite pour en analyser les effets, mettre en ordre les émotions suscitées, faire le tri dans tout ce que l’on a emmagasiné après s’être jeté corps et âme dans ce que l’autre ressent.
C’est une des raisons pour lesquelles je suis heureuse aujourd’hui de ne finalement pas avoir choisi un métier social. Parce que si je sais que j’aurais eu énormément de compétences à apporter j’aurais morflé.

J’ai presque failli écrire « avant j’étais hypersensible » mais c’est faux, je le suis toujours, mais différemment.
Et s’il y a encore quelques années je ne me rendais pas compte des effets que cette capacité d’écoute avait sur moi, je sais aujourd’hui que je dois me protéger.
C’est la raison pour laquelle j’ai parfois besoin de prendre mes distances. Cela peut sembler égoïste mais c’est le seul moyen de ME protéger. Parce que si j’aime écouter, aider mes proches, si à un moment donné je sens que cela devient trop (trop envahissant, trop pesant, trop imposant et que seul subsiste en moi le sentiment d’impuissance) j’essaie de (me) dire stop.
Je me souviens d’une petite anecdote qui s’est produit il y a peu de temps et qui reflète assez bien cet état de fait.
Une de mes amies proches qui traverse une période difficile est arrivée un soir chez moi, sans prévenir (ce que l’hypersensible déteste au plus haut point !!!) tellement sous l’emprise de ses propres soucis, tellement stressée et que, le peu de temps qu’elle est restée à parler, parler, parler sans s’arrêter pour finir par repartir comme elle était venue. Cela a peut-être duré 5 minutes.
Mais après son départ je me sentais comme si je m’étais pris un TGV dans le face. Épuisée, anéantie, stressée moi aussi (alors qu’il n’y avait aucune raison), sur les nerfs. Parce que j’avais absorbé tout son stress, tous ces soucis, tout son mal être et j’ai beau aimé cette amie de tout mon coeur, ressentir cela, à ce point, c’est invivable. Elle n’y était pour rien, mais c’est ainsi que je l’ai vécu.
C’est pourquoi je sais qu’aujourd’hui mon hypersensibilité évolue, a évolué. Parce qu’être hypersensible c’est bien trop souvent s’oublier soi même. J’ai décidé que je ne voulais plus m’oublier. Cela ne fait pas de moi quelqu’un d’égoïste pour autant. Mais comment aimer, aider les autres si l’on n’est pas soit même bien dans ses baskets ? Alors j’ai décidé de d’abord prendre soin de moi, de me donner du temps, de choisir si oui ou non je suis capable de me confronter aux autres avant de me rendre disponible.
Apprendre à me protéger.
C’est pourquoi par exemple, suite aux attentas terrible qui se sont produits sur Paris je ne cherche pas à obtenir toujours plus d’informations. Je prends les informations qui me parviennent par les médias que j’ai choisi mais n’en cherche pas d’avantage. C’est pourquoi je n’ai pas eu l’envie d’écrire d’article sur le sujet, pourquoi je suis incapable de poser des mots sur ce que je ressens vis à vis de tout ça mais que si cela me touche évidemment, je me suis je crois auto-protéger pour ne pas me laisser engouffrer dans un sentiment que je ne pourrais maitriser.
Ce n’est pas pour autant que je vais cesser d’être là pour les gens que j’aime.

Être hypersensible c’est faire preuve d’une extrême compassion, d’une grande tolérance mais aussi d’une grande émotivité.
C’est aussi se confronter souvent, très souvent à l’incompréhension des autres. Aimer et avoir besoin de solitude parfois et le lendemain avoir envie de réunir tous ses ami(e)s et les serrer très fort contre soi (mais ne pas oser leur dire 😉 )

L’entourage des hypersensibles

Les proches sont l’une des clés du bien-être de l’hypersensible.

  • S’entourer de personnes capables d’écoute à leur tour pour que l’échange ne soit pas toujours à sens unique. Pour pouvoir lâcher ses valises aussi.
    J’ai la chance d’avoir un amoureux qui est très à mon écoute et cela change TOUT.
  • S’organiser une existence basée sur des interactions de qualité, avec un réseau d’amis sûrs, des rencontres, des sorties régulières, c’est pri-mor-dial et ça aussi je ne l’ai compris que très tard. J’ai longtemps pensé que j’étais une solitaire, que je n’avais besoin de personne si ce n’est mon fils et mon amoureux pour être heureuse et c’était une erreur. J’ai peu d’ami(e)s mais ces dernières années je me suis rendue compte à quel point ils comptaient, à quel point ils m’étaient vitaux. Cela m’a forcé à faire preuve de moins de sensibilité justement, parce que pour accepter que ces gens comptent autant pour moi il m’a fallu prendre le risque de leur déplaire parfois, de m’ouvrir à eux, le risque de ne pas recevoir autant que je donne quelque fois, apprendre à donner sans rien attendre en retour aussi.
    Être seule était un moyen de ne pas prendre de risque.

L’hypersensibilité peut également prendre plusieurs formes

Si j’ai beaucoup parler de l’hypersensibilité aux autres, l’hypersensibilité n’est pas que relationnelle ou émotive. Elle peut également se traduire par d’autres formes de réceptivité.

Je suis par exemple très sensible au stress. Et ça depuis toujours. Mais cela se manifeste de manière insidieuse et j’ai mis là aussi du temps à le comprendre.
L’année de mon BAC, parce que je n’arrivais à exprimer verbalement le stress que cet examen suscitait en moi je me suis carrément bloqué le dos. Aujourd’hui, ce sont mes cervicales quand le rythme s’accélère ou que je subit des tensions.

Je suis aussi très sensible aux odeurs. J’ai le nez très fins et peu très vite être accommodée par certaines odeurs. Les parfums trop capiteux sont pour moi un véritable enfer.
Le bruit aussi. Autant je peux parfois mettre la musique à fond et me mettre à danser comme une dingue dans toute la maison, autant il y a des fois où le moindre petit bruit va me rendre à fleur de peau. A contrario, je suis une véritable éponge à chanson. J’entends une chanson dont je connais l’air ou les paroles, même par hasard et paf vous pouvez être sûr qu’elle va me rester dans la tête, nuit et jour, pendant au moins 10 jours.
L’hypersensibilité peut être d’ordre biologique également (changement hormonaux, etc…)

Vous l’aurez compris, je pense qu’il n’y a pas une hypersensibilité mais des hypersensibles dont les « effets » peuvent varier d’un individu à l’autre, d’une période à l’autre.
J’ai choisi de maitriser la mienne, autant que possible, afin de le vivre le mieux possible, d’en faire un atout plutôt qu’un fardeau.
Cet article vous aura je l’espère apporté un témoignage parmi tant d’autres. Peut-être vous serez-vous reconnus ou aurez-vous reconnus des proches.

Un seul mot  d’ordre : de la tolérance et de la bienveillance envers chacun 🙂

***

Je vous conseille également cet article qui apporte également un éclairage assez intéressant sur ce thème : http://www.leblogbleu.com/2015/01/hyperempathie-doute-etre-soi/

J’attends avec impatience l’article témoignage de Julie qui j’en suis certaine m’apportera un nouvel éclairage.



10 thoughts on “{Humeur} Je suis hypersensible, mais je me soigne”

  • Encore un article que je prends le temps de découvrir..
    Un article très intéressant et tu le croiras ou pas, mais contre toute attente un article que j’aurais pu écrire, bon sans doute moins bien :p
    Tu as changé mais comme tu le dis si justement tu te bonifies et je peux en parler 🙂
    J’ai été très touchée, vraiment…
    des bises

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    • Je crois que sans le vouloir, les personnes qui disposent d’une certaine sensibilité s’attirent… Peut-être parce que c’est cette sensibilité qui nous attise et nous ne nous reconnaissons pas forcément dans les personnes plus terre à terre.
      Il y a dans mon entourage presque que des personnes qui ont, à leur manière toute particulière, une manière de voir la vie avec le coeur et c’est ce que j’aime pas dessus tout chez vous 🙂
      Tu aurais surement pu écrire un article sur le thème thème, il aurait été différent mais très très bien écrit, ça ne fait aucun doute 🙂

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  • Bonjour,

    je me retrouve beaucoup dans ce que tu décris, et pendant longtemps j’ai essayé de compacter mon hypersensibilité, mais évidement cela n’a pas fonctionné et il y a peu de temps cela éclaté.
    Je suis un peu perdus par toutes ces émotions que je ressent, et lire ton article m’a fait du bien et me donne du courage.
    Merci

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    • Bonjour Marion et merci pour ton commentaire. Il me touche beaucoup.
      Il faut savoir écouter les signaux que nous envoi notre corps lorsqu’il dit stop. J’espère que tu trouveras un moyen qui t’aidera. Moi je fais du yoga et cela m’aide beaucoup.

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  • Bonjour, j’ai lu tout l’article, bien des pts sur lequel je me reconnais… : c’est dur de supporté les groupes que ce soit dans la vie pro/perso, je n’aime pas les aspects collectif, si je peut être seul c’est très bien… J’ai une grande écoute et j’suis très réceptif aux humeurs des un et des autres, sensible à l’atmosphère ambiante, si l’ambiance est lourde, je vais pas me sentir bien. Vraiment. On me dit souvent que j’ai une capacité d’analyse fine car j’ai à cœur de prendre en compte tout les paramètres, c’est presque vital. L’observation est un élément crucial. Pas de calcule dans mes relations, je déteste la stratégie qui détruit l’authenticité, pourquoi faire semblant ? Accepté la différence d’autrui et ne pas juger, alors que ce n’est pas forcément le cas en retour. Une émotion difficile à contenir, très émotifs, ça se bouscule souvent au niveau de la pensé, les mots bloquent au portail, l’empathie à un espace très important, quand je me sent à la limite j’ai un grand besoin de solitude… De faire le vide… j’adore écouté de la musique et affectionne les histoires romantique particulièrement, j’aime partagé les connaissances mais avec des personnes bien distinctes, on m’avait déjà dit une fois que j’était un hypersensible il y’a quelques années et ont me la encore indiqué récemment, alors je ne sais pas vraiment … D’après l’ouvrage » Je pense trop  » et quelques articles sur psychologie.com et son questionnaire, il semblerais que oui, du moin j’ai l’air d’en partagé beaucoup (( de pts communs…) Un  » grand douillet affectif « . C’est vrais que j’ai le besoin de ressentir de « l’amour » , une certaine affection au quotidien, cette chaleur humaine… et je ne supporte pas l’inverse… ça me tue profondément.

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