Le monde d’après

Le monde d’après

Je réponds ici à l’invitation de Céline Dupuy, ma professeur de yoga (je devrais dire l’une de mes professeurs de yoga mais, comme Stéphane Haskell me l’a très bien dit lorsque je l’ai rencontré, lorsque l’on trouve son guru (ici le mot guru n’a rien de sectaire, au contraire, il s’agit plutôt d’un guide. D’ailleurs, En sanskrit, Gu signifie ombre, et Ru, lumière: un guru, c’est ce qui vous fait passer de l’ombre à la lumière…) il ne faut pas le lâcher. Céline est mon guide.)

Céline propose que chacun publie ce dont il ne veut plus et ce qu’il souhaite pour le monde d’après. Parce ce que ce confinement a eu pour beaucoup d’entre nous un effet introspectif intense et a sacrément remis les pendules à l’heure. Chacun a d’une façon ou d’une autre pensé à son monde d’après, à ce qui ne lui convenait plus dans le monde d’avant et dont il a envie de se débarrasser aujourd’hui. Cela est évidemment très personnel et n’engage que la personne qui le partage, l’idée n’est pas que tout le monde dise ou pense la même chose. Il est question ici de partage, de réflexion et de « pourquoi pas ?« .

Je vous invite à regarder la vidéo de Céline (voir plus bas) et je partage ci-dessous avec vous les réflexions très personnelles et non exhaustives que j’ai pu avoir à ce sujet ces dernières semaines. Si vous n’avez pas le courage de tout lire, je vous invite à consulter ma vidéo, plus bas dans l’article.

Pour le monde d’après, ce que je ne veux plus, ce que je souhaite :

  • Pour le monde d’après, je ne veux plus que l’on se plaigne, et quand je dis « on » ça veut dire vous et moi. Je ne m’exclus en aucun cas de tous ces changements que je souhaite voir advenir. Je souhaite que l’on arrête de se plaindre pour tout, tout le temps. Il faut trop chaud, il fait trop froid, il faut attendre à la poste, à la caisse, c’est trop long, j’en ai marre, mon boss est un con, mes collègues me saoulent, et j’en passe et des meilleures. Je souhaite plus de courtoisie, plus de politesse, plus d’empathie, et surtout plus de patience.

« Fais preuve de gentillesse envers tous ceux que tu rencontres, leur combat est peut-être plus dur que le tien.  » Platon

  • Pour le monde d’après, je ne veux plus que personne soit obligé de perdre son temps sur son trajet travail/maison.
    Je souhaite qu’une véritable politique en faveur du télétravail soit mise en place, dans les entreprises et dans les administrations. Beaucoup de personnes ont découvert qu’ils aimaient travailler de chez eux, qu’ils étaient même plus efficaces, moins stressés en restant à la maison. Je pense à tous ceux et toutes celles qui passent des heures dans les transports tous les jours pour se rendre dans un bureau, se connecter à un ordinateur et réaliser des tâches souvent administratives qu’elles pourraient très bien faire chez elles. Je pense à tout le stress et la fatigue qui leur seraient évités si ces personnes ne se rendaient au bureau que lorsque cela est vraiment nécessaire (rendez-vous non possible en visioconférence, point en face à face, besoin matériel…), je pense à leur famille avec qui elle passerait plus de temps, un temps de meilleure qualité, je pense à leur sommeil qui serait de meilleure qualité, au bien-être indéniable que chacun en retirerait. Je pense à l’environnement et tous ces déplacements non nécessaires qui pourraient être évités en échange de très nombreux effets positifs. Mais cela demande une réelle implication des salariés et des employeurs afin qu’il n’y ai pas d’abus comme cela a pu être malheureusement constaté. Il faudrait permettre à celles et ceux qui le souhaitent d’en bénéficier, à celles et ceux pour qui cela ne convient pas de choisir d’aller au bureau. Un seul mot d’ordre : la confiance !

 

  • Pour le monde d’après je ne veux plus de politique basée sur le profit. Ni entendre parler de PIB.
    Je souhaite plus de justice sociale, plus de justice fiscale. Que les plus riches soient les plus taxés, que l’évasion fiscale soit punie à la hauteur du préjudice qui en découle.
    Je souhaite la « démarchandisation » de l’offre de soins et de la protection sociale, la reconstruction de l’hôpital public et l’indispensable revalorisation des métiers et carrières des soignants. La revalorisation aussi des carrières des personnels enseignants et agents de services publics avec une réelle réflexion sur leur rôle, non pas politique mais tourné d’abord vers l’humain.
    Je souhaite une société qui reviennent à des valeurs d’entraide, de soutien, de partage et d’accueil.

« Savoir, par exemple, que celui qui est près de nous vit dans une situation d’injustice sociale est une blessure pour notre idée de bonheur. » Luis Sepulveda

  • Pour le monde d’après je ne veux plus de société basée sur l’obligation de travailler. Je souhaite la mise en place d’un revenu universel qui apporte à chacun la liberté de choisir ce qu’il/elle a envie de faire de son temps, sans se soucier de l’aspect financier. Combien sommes-nous à rêver d’une autre vie, d’une reconversion et à ne pas pouvoir le faire seulement à cause du manque d’argent ?
    Je souhaite qu’une plus grande place soit donnée au bénévolat.
    Je souhaite que chacun puisse occuper son temps comme il l’entend, de la manière qu’il souhaite. Je souhaite que l’on se débarrasse de l’aliénation causée par les horaires, les contraintes, les obligations.

“La plus grande des libertés est celle d’être propriétaire de son temps” JP Dubois

  • Pour le monde d’après je ne veux plus d’indicateurs basé sur la croissance.
    Je souhaite que la décroissance devienne un but, que l’on revienne à vivre avec moins mais mieux, que les repaircafé envahissent les centres-ville pour que nous puissions réparer nos objets plutôt que de les changer à la moindre défaillance, que l’on cesse d’être influencés par les réseaux sociaux, la pub, le paraître qui nous poussent à croire que l’on doit changer de mobilier, de fringues ou de voiture tous les six mois.
    Je souhaite qu’une révolution verte envahisse nos villes, que la priorité soit donnée à l’espace pour que chacun puisse vivre confortablement sans subir les aléas des marchés immobiliers, que l’on arrête de construire sur le moindre espace vide, que l’on multiplie les pistes cyclables, les voies vertes, les forêts, les espaces de nature. Que l’on construise les habitations loin des routes et des aéroports.

« Nous sommes nature, nous sommes nourriture, nous sommes énergie, nous sommes humains.
Et l’argent n’est rien de tout cela. » Luis Sepulveda

  • Pour le monde d’après je ne veux plus d’alimentation industrielle.
    Je souhaite des fruits et des légumes locaux, de saison. Je ne veux plus voir de fraises avant le mois de mai sur les étals ni de tomates  avant le mois de juillet. Je souhaite que les restaurants, les restaurations scolaires s’engagent à cuisiner, à ne plus servir de surgelés ou de pré-cuits, que le fait maison devienne la norme, à la maison comme à l’extérieur. Que l’on apprenne aux enfants le goût des aliments, à comprendre comment ce qu’ils trouvent dans leur assiette est arrivé là. Je souhaite que l’exploitation animale cesse, que la viande puisse être consommée de manière raisonnée et raisonnable, sans souffrance animale, sans pillage de terres, sans chimie. Que les exploitants soient payés à leur juste valeur, que l’argent que l’on dépense pour s’alimenter aille directement dans la poche de celui ou celle qui l’a produit et non à un logisticien. Je souhaite que l’on puisse avoir la liberté de choisir de devenir autosuffisant en privilégiant les constructions Bepos (à énergie positive), la création de potager partagé partout, la valorisation des produits issus de la terre. Je souhaite que tout le monde sur la planète puisse se nourrir chaque jour.

« À travers l’alimentation, on peut tout faire, on peut faire de la politique, de l’économie, de la sociologie. » Carlo Petrini

« Mener une guerre contre la faim, afin qu’il y ait de la nourriture pour tout le monde, parce que tout le monde y a droit. Une nourriture qui, comme nous l’avons vu, va bien au-delà de la notion de satiété, qui est un élément fondamental de la reconnaissance de la dignité humaine.  » Carlo Petrini

  • Pour le monde d’après je ne veux plus de trafic aérien tel qu’il était avant le confinement.
    Je souhaite la revalorisation des déplacements doux, à un prix juste. Je souhaite que prendre le train coûte à nouveau moins cher que de prendre l’avion, que les lignes ferroviaires soient entretenues et que l’offre réponde réellement à la demande et non l’inverse. Je souhaite des vacances plus locales, avec peu ou pas d’empreinte carbone, des hébergements respectueux de la nature et des habitants.

 

  • Pour le monde d’après je ne veux plus d’Amazon, d’Uber, de LVMH, de sociétés mafieuses et inhumaines.Je souhaite que l’on cesse d’acheter des objets à bas coût qui nous parviennent par avion et encourage l’esclavagisme moderne, qui ne rémunèrent pas celles et ceux qui les fabriquent mais engrossent toujours plus les sociétés qui les emploient. Je souhaite que l’on arrête d’acheter des choses dont on a pas besoin !

 

  • Pour le monde d’après je ne veux plus de projection.
    Je souhaite que la vie se conjugue au présent et seulement au présent sans penser à demain ou après-demain, sans angoisse, sans peur. Se libérer de devoir toujours tout prévoir.

« Entre l’envie et le regret, il y a un point qui s’appelle le présent. Il faudrait s’entraîner à y tenir en équilibre. » Sylvain Tesson

« Je crois qu’aujourd’hui nous aurions besoin d’une capacité qui semble simple et ne l’est pas du tout, celle d’interrompre la course et de réfléchir : arrête-toi, commencer à penser si ce rythme de vie vertigineux conduit vraiment quelque part ; s’il peut vraiment conduire à un destin humain heureux.  » Luis Sepulveda

 » L’idée est que si nous nous dépéchons, nous arriverons plus vite : y compris à la satisfaction, y compris au plaisir. Tout cela parce que nous pensons que la vitesse est au service de l’homme. Mais ce n’est pas vrai. » Luis Sepulveda

  • Pour le monde d’après je ne veux plus de dépendance émotionnelle.
    Je souhaite que l’on apprenne dès le plus jeune âge ce qu’est une émotion, d’où elle provient, comment elle fonctionne. Je souhaite que l’on apprenne tous et toutes que nous ne sommes pas nos pensées, que nos pensées ne sont pas la réalité, que les émotions qu’elles suscitent sont normales et que nous avons, tous, le pouvoir de les changer en notre faveur, pour cesser de souffrir de cette petite musique qui est constamment dans notre tête et ne nous donne jamais la vraie version de l’histoire. Je souhaite que l’on apprenne à ne plus (se) juger, à ne plus juger les autres, que l’on apprenne à être bienveillant avec nous-mêmes et avec les autres, tous les autres. Je souhaite que l’on apprenne à communiquer sans violence, sans critiquer, sans émettre d’avis positif ou négatif, que l’on apprenne à écouter, vraiment, à comprendre, pleinement, à entendre, vivement.
    Je souhaite que l’on comprenne que s’aimer soi, c’est aimer les autres, dans leur différence, dans leur parfaite imperfection qui est aussi la nôtre.
    Je vous en reparlerais dans un prochain article.

« Mieux vous vous comprenez vous-même ainsi que vos émotions, plus vous êtes amoureux de ce qui est. » Baruch Spinoza

  • Dans le monde d’après je ne veux plus d’injonctions ni de pression.
    Je souhaite que chacun puisse être qui il a envie d’être.
    Je souhaite que les apparences n’aient plus aucune importance, que plus personne ne soit jamais jugé sur son physique, sa manière de s’habiller, son poids, ses cheveux, sa peau, son cul, ses préférences.
    Je souhaite que l’on cesse de demander aux femmes d’être belles. Je souhaite que la notion de beauté soit enfin comprise comme subjective. Je souhaite que l’on cesse de vouloir entrer dans des cases. Que l’on apprécie plus les valeurs d’une personne que son allure.

“Personne ne peut vous diminuer sans que vous y consentiez.”” Eléanor Roosevelt

  • Dans le monde d’après je ne veux plus du patriarcat. Je souhaite que l’égalité homme-femme ne soit pas seulement une belle promesse mais que tous nous luttions pour que cela devienne une réalité ! Et que le hommes comprennent qu’ils ont également une part de féminin.

 

  • Dans le monde d’après je ne veux plus jamais dépendre de la pensée ou de l’émotion de quelqu’un. Je souhaite que tous autant que nous sommes nous nous prenions par la main et que chacun se charge de régler ses propres problèmes plutôt que de les décharger sur les autres. Je souhaite que chacun accepte que pour aller mieux il n’y a pas de baguette magique mais que cela demande du travail, beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail et de volonté et que personne ne peut le faire à notre place. Je souhaite que chacun redevienne responsable de sa santé, de son bien-être, de ses humeurs, de ses malaises, de sa vie. Que chacun reprenne les rênes de son existence sans rien attendre des circonstances extérieures. Je souhaite que tout le monde choisisse le bonheur.
    Je souhaite que l’on soit tous et toutes assez fortes pour dire non, pour ne plus se forcer à quoique ce soit. Qu’on ne fasse plus que ce qui est bon pour nous.

Il faut du courage pour grandir et devenir qui l’on est vraiment. E. E. Cummings

Et maintenant ?

Alors vous allez peut-être me dire « oui, et après ?« .
Je n’ai pas la réponse, je n’ai pas de baguette magique mais je pense que si l’on partage tous nos aspirations, peut-être que cela peut soulever quelque chose. Je ne sais pas comment et je ne me fais pas d’illusions, les choses ne changeront pas du jour au lendemain mais je crois que si tout le monde y participe, échange, débat et s’empare des sujets pour lesquels il se sent porté, les choses pourraient bouger. Je ne sais pas aujourd’hui comment je vais acter mes choix ou mes propres convictions mais les poser, par écrit, par oral est déjà poser une intention, déterminer un cap et assumer pleinement, sans aucun prosélytisme, mes croyances.

Ma vidéo :

J’ai également publié une vidéo reprenant tous ces paragraphes pour répondre pleinement à la proposition de Céline et vous invite à la voir ici :

D’autres vidéos inspirantes

 

La vidéo de Vincent Lindon

La vidéo de Gregory Pouy

La vidéo de Céline Dupuy

Suspendre son jugement

Les critiques

La vidéo de Nicolas Hulot

La tribune de 200 artistes  » Non à un retour à la normale« 

 

Et si la liberté consistait à posséder le temps? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.
Sylvain Tesson


1 thought on “Le monde d’après”

  • Bonjour,
    je suis ton blog depuis très longtemps (bouquet de bambou ;)) et je voulais juste te dire que je suis ravie que tu ne l’arrêtes pas et que tu ais de nouveaux articles prévus. J’aime bien ta façon discrète de présenter une vie simple, merci pour ces partages!

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    • Bonjour Clo. Un immense merci, ton message me touche énormément. Merci du fond du coeur. Je ne sais pas si le blog continuera mais je suis certaine que, même s’il doit s’arrêter, nous trouverons d’autres manières d’échanger. A bientôt

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