Deux romans que j’ai dévorés !
Faut dire aussi que, passer son temps dans les cabinets médicaux, ça laisse pas mal de temps pour lire 😉

Petit Pays de Gaël Faye

petit pays

Mélanie © Alittlepieceof

«Au temps d’avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c’était le bonheur, la vie sans se l’expliquer. Si l’on me demandait “Comment ça va ?” je répondais toujours “Ça va !”. du tac au tac. Le bonheur, ça t’évite de réfléchir. C’est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À esquiver, à opiner vaguement du chef. D’ailleurs, tout le pays s’y était mis. Les gens ne répondaient plus que par “Ça va un peu”. Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé.»
G.F.

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son «petit pays», le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’Histoire.
Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur … L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Mon avis

J’ai très vite eu le pressentiment que je devais lire ce livre, à force de critique élogieuse un peu partout j’ai fini par me l’offrir et mon pressentiment s’est avéré des plus justes.
A travers ce premier roman, Gaël Faye raconte ses souvenirs d’enfance. Il puise dans ses souvenirs pour créer l’histoire du jeune Gaby que l’on sent très vite habité par la propre enfance de l’auteur.
Gaby est un petit garçon métis qui vit au Burundi. Son papa est français, sa maman rwandaise. Ils vivent confortablement et Gaby est un petit garçon heureux et insouciant. Sa soeur et lui passent leur temps entre l’école, leur maison et les copains. Une enfance on ne peut plus banale. Des bêtises, l’innocence, les plaisirs simples…
Puis vient le divorce de leurs parents. Une première blessure dans la vie du petit homme. Il y a beaucoup de non-dits dans cette famille et s’il est écarté des discussions « de grands », Gaby comprend tout de même que quelque chose ne tourne pas rond.
Derrière l’histoire de ce petit garçon, il y a aussi et surtout l’histoire d’un pays, son petit pays et ses voisins frontaliers. Une histoire politique, une histoire de guerre. Le génocide rwandais qui, au fil des chapitres, vient prendre tout l’espace. Gaby vit cela comme le petit garçon qu’il est, avec le peu d’informations qu’on lui donne. Son père refuse de parler politique devant les enfants.
Mais Gaby n’est pas dupe et bientôt l’horreur viendra frapper à sa porte. Moi, je me souviens de cette époque. J’étais au collège et c’est par les informations télévisées que nous recevions les nouvelles de ce pays, le Rwanda, que j’étais incapable de situer sur une carte… Bien paisible dans ma petite vie de collégienne française, je me souviens juste avoir répondu à l’appel des dons de riz pour les réfugiés de ce pays inconnu où des gens mourraient de faim…
C’est bien plus tard, devenue adulte que j’ai fini par comprendre qu’il n’étaient pas seulement morts de faim mais qu’ils étaient surtout morts pour des raisons dépassant l’entendement. De reportages en reportages j’ai compris l’horreur, la terrible folie humaine qui pousse des ethnies à s’entretuer ou à commettre les pires atrocités…
Le coup d’état, la folie meurtrière, le sang, la haine, la guerre civile… Gaël Faye raconte tout, toujours avec ses yeux d’enfant, avec une immense poésie rendant cette lecture à la fois belle et bouleversante.

Quelques extraits :

-Ma peau caramel est souvent sommée de montrer patte blanche en déclinant son pedigree. « Je suis un être humain » Ma réponse les agace. Pourtant je ne cherche pas à les provoquer. Ni même à paraitre pédant ou philosophe. Quand j’étais haut comme trois mangues, j’avais déjà décidé de ne plus jamais me définir.

-Ma vie ressemble à une longue divagation. Tout m’intéresse, rien ne me passionne. Il me manque le sel des obsessions. Je suis de la race des vautrés, de la moyenne molle.

-Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore.

-J’ai les yeux marron donc je ne vois les autres qu’en marron. Ma mère, mon père, ma soeur, Prothé, Donatien, Innocent, les copains…ils sont tous café au lait. Chacun voit le monde à travers la couleur de ses yeux. Comme tu as les yeux verts, pour toi, je serais vert.

-Plus tard, quand je serai grand, je veux être mécanicien pour ne jamais être en panne dans la vie. Il faut savoir réparer les choses quand elles ne fonctionnent plus.

-Nos mains étaient poisseuses, nos ongles noirs, nos rires faciles et nos coeurs sucrés. C’était le repos des cueilleurs de mangue.

-« … J’ai vécu mes plus belles années à Kamenge, sans m’en rendre compte. car sans cesse je pensais au jour d’après, espérant que demain serait mieux qu’hier. Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur. »

-Je vis depuis des années dans un pays en paix, où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque. Un pays comme une impasse, où les bruits de la guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin.

Capitaine Frites d’Arnaud le Guilcher

lecture

Mélanie © Alittlepieceof

Pour se sortir du cauchemar d’un divorce qualifié pudiquement de « difficile », Arthur décide de s’en aller loin, très loin de Paris. Il échoue à Yabaranga, la capitale chaotique d’un pays africain imaginaire. A suivre ce héros maladroitement flamboyant, le lecteur est rapidement pris dans un tourbillon de situations poétiques, burlesques, ultra sensibles et hilarantes.
Au fil des pages s’entremêlent un président domicilié dans une tour en chantier, une bande d’insupportables rastas blancs joueurs de djembé, des poissons géants, un Indien d’Amazonie cartésien et des miliciens durassiens… Tout cet assemblage baroque résistera-t-il à l’arrivée de Morgane, l’ex-femme d’Arthur, venue faire de la vie de ce pauvre garçon un enfer sous les tropiques ?

Mon avis

Pour la petite anecdote, j’ai offert ce roman à l’un de mes très bons amis pour noël, sans l’avoir lu. C’est le titre qui m’a d’abord attirée, une sorte de private joke et puis, en lisant le synopsis, j’ai eu le sentiment que ce livre était fait pour lui. Bongo, il l’a dévoré et immédiatement me l’a prêté. Résultat ? Je l’ai lu en 3 jours  et j’ai beaucoup ri.
Je ne connaissais pas du tour Arnaud Le Guilcher et je ne sais pas si ses autres titres sont dans la même veine mais, une chose est sûre, il a une écriture qui décoiffe !
C’est surtout la gouaille de son protagoniste que j’ai adorée. Et ce personnage, c’est Arthur, un type d’une quarantaine d’année qui, il faut bien le reconnaître, n’a pas vraiment de bol dans la vie. A tel point que l’on ne sait plus, au fond si on doit le plaindre ou non. Parce que, quand même, il cherche un peu les embrouilles. Une sorte de gentil looser qui a fait de l’autodérision sa plus grande force.
Ce cher Arthur se retrouve dans un pays africain tout droit sorti de l’imaginaire de l’auteur, entourés d’une pléiade de personnages hauts en couleurs, d’animaux divers et de situations loufoques.
Derrière cette immense farce il y a tout de même une histoire de couple, une histoire malheureuse qui mène Arthur au bout du bout. Une espèce de folle à lier qui fait de la vie de son ex-mari un véritable enfer. Et dans ce registre aussi, l’auteur a une imagination débordante. Cela finit presque par devenir trop et la fin m’a semblé trainer en longueur. Ce que j’en retiens c’est surtout une lecture vraiment, vraiment drôle.

Quelques extraits :

– Son nom c’est Rémus.
– Rémus… Je ne m’y ferai jamais à cette histoire de Rome antique… Il a un frère, ce petit loup ?
– Oui
– Il s’appelle comment ? Romulus ?
– Oui. C’est dingue ! Comment vous avez deviné ?
– J’arrive du futur. On a déjà eu cette conversation.
– C’est vrai ?
– Non

« C’est indescriptible à quel point ça emboucane. J’imagine que seule l’haleine de Donald Trump est capable de dégager des relents aussi putrides. »

Elle a prononcé ces mots : « Ne me quitte pas ! « 
Ça ne voulait pas dire « J’ai besoin de toi pour vivre. Ne me quitte pas…  » mais « Je te préviens. Ne me quitte pas ! « . Il faut savoir que toutes les personnes qui ne sont pas Jacques Brel et qui prononcent cette phrase, vous adressent une menace et pas une supplique.

J’allais finir tellement maigre, que pour me faire rentrer en France, il suffirait de me scanner et de me glisser dans un mail.

Qu’est-ce qui autorise à se prétendre l’ami de l’autre ? Qu’est-ce qui légitime ça ? Combien de nuits d’alcool faut-il avant d’être certifié « ami pour la vie » ? Combien de rires ? De fous rires ? De colères ? Combien de pleurs sur l’épaule ? D’histoires de gonzesses ? Quelle est la valeur du trésor que chacun doit cacher au regard des autres ?

Bonne lecture !

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