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Un court roman poignant sur la ségrégation, une cousine éloignée d’Agatha Christie et une fresque à couper le souffle.

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toni morrison
Mélanie © Alittlepieceof

La guerre de Corée vient à peine de se terminer, et le jeune soldat Frank Money rentre aux États-Unis, traumatisé, en proie à une rage terrible qui s’exprime aussi bien physiquement que par des crises d’angoisse.
Il est incapable de maintenir une quelconque relation avec sa fiancée rencontrée à son retour du front et un appel au secours de sa jeune sœur va le lancer sur les routes américaines pour une traversée transatlantique de Seattle à Atlanta, dans sa Géorgie natale.
Il doit absolument rejoindre Atlanta et retrouver sa sœur, très gravement malade. Il va tout mettre en œuvre pour la ramener dans la petite ville de Lotus, où ils ont passé leur enfance.
Lieu tout autant fantasmé que détesté, Lotus cristallise les démons de Frank, de sa famille. Un rapport de haine et d’amour, de rancœur pour cette ville qu’il a toujours voulu quitter et où il doit revenir.
Ce voyage à travers les États-Unis pousse Frank Money à se replonger dans les souvenirs de son enfance et dans le traumatisme de la guerre ; plus il se rapproche de son but, plus il (re)découvre qui il est, mieux il apprend à laisser derrière lui les horreurs de la guerre afin de se reconstruire et d’aider sa sœur à faire de même.

Mon avis :

Le résumé ci-dessus reflète parfaitement le contenu de ce roman.
Celui-ci débute par une scène du passé, lorsque le protagoniste et sa soeur étaient enfants. Une scène très courte qui laisse le lecteur en suspens. Puis s’enchaine l’histoire, revenue dans le présent. Frank est adulte et tente de retrouver sa soeur que l’on dit sur le point de mourir.
Le récit, magistralement raconté, tout en mesure, nous plonge alors dans les souvenirs de Frank. La guerre, son enfance, ce qu’il a été et ce qu’il est devenu.
Frank est noir, on le comprend sans jamais que cela soit réellement décrit et pour retourner à Lotus, sa ville natale il aura beaucoup de chemin à parcourir, beaucoup de mésaventures aussi. C’est à son état d’esprit et à ses souvenirs que s’attachent tout particulièrement la narration. Frank est blessé, meurtri, au plus profond de lui.
Non seulement la guerre a laissé des traces mais on apprend ensuite combien son enfance aussi a été difficile. Il tente de noyer ses démons dans l’alcool et ne parvient pas à trouver sa place, balloté comme il l’est par la vie.
Sa soeur non plus n’a pas connu une enfance facile et devenue adulte, elle se retrouve prise au piège d’une situation dont seul son frère pourra la sortir.
En toile de fond; ségrégation, insertion sociale, rédemption, pauvreté
Un récit d’une grande mélancolie, profondément touchant dont on ressort avec le sentiment d’avoir entre les mains un très grand roman.

Quelques extraits :

« Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde.»

« Certaines devaient se faire lire des versets de la Bible faute de savoir elles-mêmes déchiffrer les caractères d’imprimerie ; ainsi, elles avaient aiguisé les talents propres aux illustrés : mémoire parfaite, esprit photographique, sens aigu de l’odorat de de l’ouie. Et elles savaient guérir ce qu’un médecin savant et criminel avait saccagé. Si ce n’était pas de l’instruction, alors qu’est-ce que c’était ? »

« – Tu viens d’où, Franck ?
– Ah, mon vieux. La Corée, le Kentucky, San Diego, la Géorgie. Tu dis un lieu, j’en viens. »

« Quant aux parents, ils étaient tellement épuisés à l’heure où ils rentraient que tout témoignage d’affection était comme un rasoir : coupant, mince et bref. Lenore était la méchante sorcière.Frank et Cee, tels des Hansel et Gretel oubliés, se tenaient fermement la main et naviguaient à travers ce silence en tentant de s’imaginer un avenir. »

Agatha Raisin Tome 1 : quiche fatale de M.C Beaton

AGATHA RAISIN
Mélanie © Alittlepieceof

Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour goûter aux délices d’une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s’ennuyer ferme.
Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l’arbitre de la compétition s’effondre et Agatha doit révéler l’amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur.
Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l’assassin.

Mon avis

Après deux très bons polars et le roman ci-dessus j’avais envie d’une lecture plus légère. Agatha s’est montrée parfaite en ce sens !
Bercée dans mon enfance comme je l’ai été par les récits d’Agatha Christie (ma mère est ultra fan !) je ne peux que reconnaître l’aspect hommage que fait M. C Beaton à l’illustre reine du suspens à l’anglaise !
Tout y est ! Le prénom de son héroïne, une petite bourgade anglaise, un meurtre…
Bref Agatha Raisin n’est autre que la version moderne de Miss Marple !
Il s’agit là d’une petite comédie so british qui se lit sans se prendre la tête. L’enquête, elle, m’a semblé tirer en longueur. Peut-être parce que ce récit est le premier d’une série d’aventure d’Agatha Raisin et qu’il fallait d’abord s’attarder à la personnalité de cette dernière.
Personnalité à laquelle j’ai d’ailleurs eu un peu de mal à m’attacher. Agatha n’est pas du genre à se faire des amis, elle a un caractère bien trempée et change d’avis comme de chemise.
La voilà perdue dans la campagne anglaise, sans aucun repères, sans ami(e)s, loin du tumulte londonien qu’elle a toujours connu, n’ayant aucun point commun avec les habitant(e)s de son nouveau village.
Elle est malgré tout rigolote et ne cesse de se retrouver mêlée à de nombreuses mésaventures. Son franc parler ne l’empêchera pas de trouver finalement sa place dans le village et même d’élucider un crime (parce que bon, tout de même, c’était ça le pitch non ?)
Une lecture divertissante qui ne me donne malgré tout pas vraiment envie de lire les autres tome de la série.

Quelques extraits :

« Les gens du coin l’avait accueillie , comme toujours , avec cette singulière sorte d’amabilité qui n’allait jamais plus loin . […], les gens du village avaient une façon imperceptible , découvrit-elle , de repousser les nouveaux venus . Ils ne les rejetaient pas . En surface , ils les accueillaient . Pourtant , elle savait que sa présence ne faisait pas une ride sur la surface lisse de la vie villageoise. »

« Agatha avait laissé carte blanche au décorateur . Tout était parfait , et pourtant …[…]. Et pourtant , on aurait dit un décor de théâtre. »

« Une brusque averse venait de tomber. Comme Londres sentait bon le béton mouillé, les vapeurs d’essence et de gasoil, les détritus, le café chaud, les fruits et le poisson, toutes ces odeurs si chères et familières à Agatha ! »

Au revoir là-haut de Pierre Lemaître

AU REVOIR LA HAUT
Mélanie © Alittlepieceof

Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe… Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants. Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose avec talent la grande tragédie de cette génération perdue.

Mon avis :

Je me suis acheté ce roman sur les conseils de mes parents. J’en avais beaucoup entendu parler lors de sa nomination au Goncourt mais le sujet ne m’attirait pas du tout. J’ai beaucoup de mal à me passionner pour des romans de guerre et j’avais peur de m’ennuyer. Il aura suffit d’une discussion familiale pour me faire changer d’avis.
C’est vrai, ce roman a pour trame de fond la première guerre mondiale mais il ne faut surtout pas s’arrêter à ce « détail » car le conflit ne sert en fait que de point de départ. L’histoire débute lorsque la guerre, elle, se termine. Les deux premiers chapitres nous emmènent dans les tranchées, oui, mais c’est écrit d’une telle manière que cela risque de me marquer très très très longtemps. Durant ces deux premiers chapitres, j’ai quasiment passé mon temps en apnée tellement j’étais prise dans le récit, tellement celui-ci est incroyablement écrit. Ces deux premiers chapitres m’ont fait un effet qu’aucun autre récit n’avait provoqué en moi. Complètement suspendue aux lignes, aux phrases, aux mots, incapable de respirer puis, finalement soulagée lorsque le chapitre s’achève, me demandant tout de même ce que l’auteur va pouvoir ajouter à une telle scène ! Une scène de terreur, de souffrance, d’angoisse extrême, tellement, tellement bien décrite que l’on s’y croirait.
Heureusement pour mon petit coeur la suite se calme un peu. Il y a même parfois quelques passages un peu longuets mais l’ensemble forme une fresque étonnante et palpitante. Comment ne pas s’attacher aux deux personnages principaux ? Ces deux gueules cassées laissés pour compte qui tentent comme ils le peuvent de survivre aux atrocités qu’ils ont vécus pendant la guerre.
Lemaitre a su créer ou recréer l’ambiance de l’après guerre lorsque les soldats démobilisés devenaient chômeurs, lorsque les hauts placés faisaient jouer leurs relations et leur pouvoir pour sortir leur épingle du jeu. De très nombreux personnages, de nombreux rebondissements, un suspens et des sentiments…C’est à la fois sombre, cynique, émouvant et passionnant.
Albert Dupontel aurait acheté les droits pour l’adapter au cinéma, j’ai hâte de voir ça !

Quelques extraits :

-Il agrippe la tête de cheval, parvient à saisir les grasses babines dont la chair se dérobe sous ses doigts, il attrape les grandes dents jaunes et, dans un effort surhumain, écarte la bouche qui exhale un souffle putride qu’Albert respire à pleins poumons. Il gagne ainsi quelques secondes de survie, son estomac se révulse, il vomit, son corps tout entier est de nouveau secoué de tremblements, mais tente de se retourner sur lui-même à la recherche d’une once d’oxygène, c’est sans espoir.

-En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Edouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis…

-Le cœur affolé dans la poitrine, le voici dans le hall haut comme une cathédrale, des miroirs partout, tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.

-Voilà comment ça finit, une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu’on n’est même pas foutu de renvoyer chez eux proprement. Personne pour vous dire un mot ou seulement vous serrer la main. Les journaux nous avaient promis des arcs de triomphe, on nous entasse dans des salles ouvertes aux quatre vents. L’affectueux merci de la France reconnaissante

-Leur histoire commune ne pourrait jamais dépasser ce poing logé dans ce visage, comme s’il venait de le crever. Ce geste, cette sensation, cette monstrueuse intimité, tout était exorbitant, vertigineux.

Bonne lecture !

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