Mes lectures de l’été

Mes lectures de l’été

Je suis une lectrice du soir, une lectrice sous la couette.
En vacances je change de rythme, je me couche plus tard, j’occupe différemment mes soirées.
La lecture fait partie de mes habitudes routinières, de celles que j’abandonne un peu le temps de savourer le moment présent.
L’été, je lis moins que le reste de l’année, en tout cas c’est l’impression que j’ai.
Quand certain(e)s profitent des vacances pour dévorer leurs romans, moi je les délaisse au contraire bien volontiers.
Incapable de lire en voiture (vomito garanti) ou sur la plage (trop émerveillée par le spectacle des vagues et l’envie irrépressible d’y plonger) et trop occupée la journée pour m’y consacrer.
J’avais l’impression de lire moins l’été mais au final, lorsque je  vois ma pile à lire de l’été, il semblerait que j’ai largement rempli mes objectifs.
Au programme : un feel good book comme je les aime, un thriller sur fond de code génétique, un roman de la rentrée littéraire des plus déstabilisant, ma première rencontre avec la littérature d’Oliver Adam, un roman mexicain sur la noirceur de l’âme humaine et enfin un petit bijou nippon.

La délicatesse de David Foenkinos

La délicatesse de D. Foenkinos
Mélanie © Alittlepieceof

Nathalie et François sont heureux, ils s’aiment et semblent avoir la vie devant eux…
Mais, un jour, la belle mécanique s’enraye. François décède brutalement.
Veuve éplorée, le cœur de Nathalie devient une forteresse où même les plus grands séducteurs vont se heurter.
Sauf un : Markus, un collègue terne et maladroit, sans séduction apparente. Sur un malentendu, il obtient de la belle un baiser volé. Pour cet outsider de l’amour, c’est un signe du destin : il se lance à sa conquête… tout en délicatesse.

Mon avis

C’est le deuxième roman de Foenkinos que je lis et j’aime vraiment beaucoup beaucoup son style à la fois doux, tendre, drôle et parfois incongru.
Pour moi c’est un peu le Jean-Pierre Jeunet de la littérature (et ça n’a rien à voir avec la présence d’Audrey Tautou sur la couverture). Cela tient plutôt à la façon qu’il a de faire évoluer ses personnages, sans jamais être loin de ses lecteurs, avec toujours une petite note incongrue qui passe par là. A sa façon aussi de faire exister Nathalie et Markus comme si nous les connaissions.
J’ai passé un très beau moment à lire cette belle histoire d’amour autour du deuil. J’ai ri, j’ai été émue, touchée, séduite.
Car au début l’histoire est triste, vraiment triste. De celle qui tire les larmes aux yeux et puis, une fois les yeux essuyés, la vie comme l’amour reprend son court. L’amour qui tombe sans crier gare, là où on l’attend le moins. L’amour qui prend la forme d’un grand suédois pas très beau mais tellement adorable. L’amour tout en pudeur, en patience.
Les situations deviennent cocasses et l’on rit, on rit vraiment (à en réveiller son compagnon qui dort à côté).
Une belle histoire, des personnages très attachants et beaucoup d’émotions.
Une très jolie lecture en somme.

Quelques extraits

  • Il y a des gens formidables qu’on rencontre au mauvais moment. Et il y a des gens qui sont formidables parce qu’on les rencontre au bon moment.
  • On peut finalement se demander si le hasard existe vraiment ? Peut être que toutes les personnes que l’on croise marchent dans notre périmètre avec l’espoir incessant de nous rencontrer ? En y repensant, c’est vrai qu’elles paraissent souvent essoufflées.
  • Il faut avoir vécu des années dans le rien pour comprendre comment on peut être subitement effrayé par la possibilité.
  • Voilà à peu près ce qu’il aurait aimé dire. Mais c’est ainsi : on a toujours cinq minutes de retard sur nos conversations amoureuses.
  • A cause de la moquette, on n’entendait pas le bruit de ses talons aiguilles. La moquette, c’est le meurtre de la sensualité. Mais qui avait bien pu inventer la moquette ?
  • Pour définir l’ampleur d’un ragot, il suffit de calculer la recette des machines à café.

Gataca de Frank Thilliez

Gataca de Franck Thilliez
Mélanie © Alittlepieceof

Quel lien entre onze psychopathes gauchers et l’homme de Cro-Magnon ?
Alors que Lucie Henebelle peine à se remettre de ses traumatismes, l’ex-commissaire Sharko se voit relégué à des enquêtes de seconde zone. Telle la découverte du corps de cette jeune scientifique, battue à mort par un grand singe.
À nouveau réunis pour le pire, les deux flics plongent aux origines de la violence, là ou le génome humain détermine son avenir : l’extinction.
Bienvenue à GATACA…

Mon avis

3ème roman que je lis de Thilliez et suite du Syndrome E dont je vous parlais déjà ici. Suite et fin du diptyque sur la violence qui peut toutefois très bien être lu indépendamment comme l’indique d’ailleurs l’auteur au début du roman.
Pour celles et ceux qui auraient lu le Syndrôme E, celui-ci débute juste quelques semaines après. Lucie Hennebelle cherche ses petites filles disparues dans le précédent livre et va finalement retrouver Skarko sur une toute autre enquête.
Comme bien souvent avec Thilliez, le tour de force vient du fait qu’il va loin, très très loin dans ses recherches et choisit des thèmes scientifiques complexes. Ici c’est de l’ADN dont il est question. La violence serait-elle inscrite dans nos gènes ? voilà la question posée par le roman.
L’auteur use des mêmes recettes habituelles pour maintenir son lecteur en haleine; phrases et chapitres très courts, rythmes haletants et passage d’un personnage à l’autre en gardant tout le suspens à bout de page. Difficile de ne pas avoir envie de connaître la suite. L’auteur sait écrire des histoires policières palpitantes, c’est le moins que l’on puisse dire.
Toutefois, il a parfois tendance à en faire un peu trop, notamment dans les sentiments tortueux de ses personnages. Il souffrent, on le sait et il en rajoute parfois une dose inutile à mon sens.
C’est la raison pour laquelle je suis incapable de lire deux romans de lui à la suite. Les sujets changent mais son procédé d’écriture reste exactement le même. De quoi me lasser très vite.
Il aura le mérite de m’avoir appris pas mal de choses tout en me demandant où s’arrête la science et où commence la fiction.

Quelques extraits

  • Pourquoi croyez-vous, par exemple, que les allergies existent, alors qu’on n’en parlait pas il y a 50 ans ? Parce que le système immunitaire, ce grand sportif qui nous protège depuis des dizaines de milliers d’années, n’a plus rien pour s’entraîner, à cause des vaccins, des antibiotiques, de l’excès de médicaments que nous ingurgitons chaque jour.
  • Maintenant, supposez juste que l’on vous prive de la parole et que l’on vous mette nu dans une cage à leurs côtés. Alors vous seriez pris pour ce que vous êtes : le troisième chimpanzé, aux côtés du chimpanzé pygmée et du chimpanzé commun d’Afrique. Un chimpanzé dépourvu de fourrure et marchant debout. A la différence près qu’aucun de vos cousins ne détruit sciemment son environnement. Nos avantages évolutifs, comme la parole, l’intelligence, notre capacité à coloniser l’ensemble de la planète, ont aussi un coût en monnaie darwinienne : nous sommes des animaux capables de répandre le plus grand malheur. Mais l’Évolution a « jugé » que ce coût était inférieur aux avantages procurés. Pour le moment…
  • -…Vous savez, il y a neuf mille espèces d’oiseaux environ, et on estime que 1% d’entre elles se sont éteintes en six cents ans, à cause de l’homme.
    -1 % en six cents ans, ce n’est pas la fin du monde, répliqua Sharko.
    -C’est deux cents fois plus élevé que le rythme d’extinction naturel.
    -Ah quand même!

L’histoire de mes dents de Valeria Luiselli

L'histoire de mes dents de Valéria Luiselli
Mélanie © Alittlepieceof

Gustavo « Grandroute » Sanchez sait imiter à la perfection Janis Joplin quand il a trop bu. Il sait également déchiffrer les dictons des gâteaux chinois, et même faire la planche. Mais Gustavo n’est pas une personne comme les autres, c’est le meilleur commissaire-priseur du monde. Et il ambitionne de réaliser son plus grand coup : se faire extraire toutes les dents et les vendre en les faisant passer pour les restes d’« infâmes personnages » tels que Platon, Pétrarque ou Virginia Woolf. Cette supercherie mène Grandroute dans une direction qu’il n’avait pas prévue quand il remarque que son fils, présent à la vente, est bien décidé à acheter son propre père aux enchères…
Inspiré par des auteurs comme Enrique Vila-Matas ou Gonçalo M. Tavares, L’Histoire de mes dents est un roman à double-fond qui oscille sans cesse entre la parabole et l’allégorie, une fantaisie débridée sur les pouvoirs de la fiction et la valeur qu’on accorde aux objets.

Mon avis

Sorti le 17 août dernier ce court roman m’a accompagnée durant les quelques jours que nous avons passés en Vendée cet été. Je venais de terminer Gataca et j’avais envie de légèreté. Le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai été servie. Quoique léger n’est pas le mot  qui convient car le récit oscille entre l’allégorie et la comédie, il n’est en rien léger.  Et c’est à la toute fin que j’en ai pris conscience.
Durant toute ma lecture j’ai été complètement perdue face au personnage atypique de Grandroute. Devais (pouvais-je ?) m’y attacher ou non ? Était-il un vieux fou ou un pauvre type ? Quelles mésaventures allait-il bien pouvoir encore lui arriver ?
Au départ, j’ai eu bien du mal à me sentir concernée par le récit de son enfance, de ses différents métiers mais comment comprendre quelqu’un sans connaître son histoire ? Alors je me suis accrochée, j’ai laissé défiler les pages jusqu’à ce qu’il devienne enfin commissaire-priseur. Un drôle de commissaire priseur à vrai dire mais qui semble-t-il est le meilleur de tous. Puis vient l’achat de ses dents, de ses nouvelles dents, lui qui les avait toujours eu pourries. Puis vient la vente aux enchères de ses dents et l’énorme mensonge qui va avec. Puis viennent les étranges retrouvailles avec son fils. A chaque instant je me suis sentie comme sur un fil, attendant que l’histoire décolle, que je comprenne enfin où l’auteur voulait en venir et la délivrance a eu lieu au tout dernier chapitre, lorsque Grandroute cesse de raconter son histoire et qu’un nouveau personnage prend la parole. Alors tout se dénoue et l’on comprend à quel point nous avons été dupés.
Si j’ai été très partagée sur les chapitres précédents, ce tout dernier m’a enchantée ! A lui seul, il dit bien des choses sur le pouvoir des objets, sur la solitude aussi, sur la manière dont une histoire peut changer du tout au tout en fonction de la personne qui la raconte.
Voilà un style de littérature bien différente de ce que j’ai l’habitude de lire et rien que pour cela je suis heureuse d’avoir lu ce livre car c’est une totale découverte et c’est ce que j’aime par dessus tout !
C’est très bien écrit mais j’avoue tout de même que j’ai été un peu abasourdie par tant d’absurdité.

Un grand merci aux éditions de l’Olivier pour cette découverte.

Enregistrer

Quelques extraits

  • Grandroute avait jadis possédé une collection incroyablement diverse et foisonnante. C’était un homme qui aimait vraiment les objets matériels. Et son amour pour eux allait au -delà de leur valeur matériel réelle ; pour lui, leur valeur tenait à ce que, d’une certaine manière, ils contenaient silencieusement.
    Depuis tout petit il avait suivi sa propension à méticuleusement collectionner tout ce qu’il considérait comme digne d’être collectionné, des choses trouvées sur le trottoir aux boutons qui tombaient des chemises de ses camarades d’école, en passant par les ongles de son père et les cheveux de sa mère.

Des vents contraires d’Olivier Adam

Mélanie © Alittlepieceof

Depuis que sa femme a disparu sans jamais faire signe, Paul Andersen vit seul avec ses deux jeunes enfants. Mais une année s’est écoulée, une année où chaque jour était à réinventer, et Paul est épuisé. Il espère faire peau neuve par la grâce d’un retour aux sources et s’installe alors à Saint-Malo, la ville de son enfance. Mais qui est donc Paul Andersen? Un père qui, pour sauver le monde aux yeux de ses enfants, doit lutter sans cesse avec sa propre inquiétude et contrer, avec une infinie tendresse, les menaces qui pèsent sur leur vie. Dans ce livre lumineux aux paysages balayés par les vents océaniques, Olivier Adam impose avec une évidence tranquille sa puissance romanesque et son sens de la fraternité.

Mon avis

C’est le premier roman d’Olivier Adam que je lis et je suis ravie de cette première découverte.
L’histoire est teintée d’une douce mélancolie malgré le fait qu’elle tire sa trame d’un événement tragique.
Sarah a disparu, comme ça, du jour au lendemain. Sans laisser de traces, sans laisser d’adresse. Pourtant elle et Paul étaient heureux, ils avaient une maison, un métier, deux beaux enfants, des années devant eux mais voilà, elle s’est évaporée. Si Paul doit surmonter sa peine, il doit surtout tenir son rôle de père et tenter d’expliquer l’inexplicable à ses enfants. Et il les aime ses enfants, il les aime d’un amour fou, d’un amour de papa gâteau qui cache derrière son corps d’ours un coeur immense. Les deux pauvres petits n’y sont pour rien, eux, si maman s’est fait la malle !
Mais la douleur est grande, trop grande et les souvenirs trop nombreux. Il décide alors de partir en Bretagne, sur les traces de son enfance, de sa jeunesse, auprès de son grand frère qui peu à peu va l’aider à remonter la pente. Et pas que lui d’ailleurs car sur place Paul, sans même vraiment l’avoir cherché, va croiser sur son chemin tout un tas de personnage à la vie déglinguée, aux gueules cassées qui eux aussi ont besoin qu’on les soutienne, qu’on les aide. Entre leur malheurs, les amitiés se créent, les liens se tissent avec toujours une grande générosité.
Et si, finalement il était arrivée malheur à Sarah ? Et si depuis le début Paul avait vu juste et qu’elle ne les avait pas quittés ?
Plusieurs fois j’ai senti mon coeur se serrer face au malheur de Paul, Clément et Manon mais aussi de ceux qui croisent leur chemin. J’ai aimé la manière dont l’auteur décrit les lieux et particulièrement les paysages de Bretagne que l’on sentirait presque fouetter sur son visage, les maux de ses personnages et la manière dont il trouve malgré tout, toujours de l’espoir et de l’humanité dans l’adversité.
J’ai désormais très envie de découvrir d’autres de ses oeuvres.

Quelques extraits

  • J’imagine qu’il en est ainsi partout, qu’on grandit côte à côte sans jamais se croiser vraiment, méconnus et indéchiffrables. Le concret nous cimente, le quotidien nous lie, l’espace nous colle les uns aux autres, et on s’aime d’un amour étrange, inconditionnel, d’une tendresse injustifiable et profonde, qui ne prend pourtant sa source qu’aux lisières. Quand j’ai commencé à me soucier d’eux il était trop tard, le bloc de silence était trop dur, la pudeur trop ancrée, les liens trop fortement noués pour qu’on les questionne.
  • De l’extérieur on ne sait rien de ce qui se noue entre les êtres, de ce qui se joue dans un couple. On émet des hypothèses, des jugements hâtifs mais au fond on ne sait rien, c’est beaucoup trop profond, beaucoup trop complexe.
  • – Tu crois qu’elle est morte, maman ?
    J’ai senti mes jambes se dissoudre. Clément me fixait de ses grands yeux vibrants, c’était la première fois qu’il abordait la question et il attendait une réponse. Je ne voyais aucun moyen de me défausser, de m’en sortir proprement.
    […]
    – Et toi, mon chéri, tu crois quoi ?
    – Je crois qu’elle est morte.
    – Pourquoi tu dis ça ?
    – Parce que sinon c’ est pas possible. Elle ne nous aurait pas laissés, comme ça, tous les trois. On s’aimait trop tous les quatre, hein, Papa ?
    Les larmes me montaient dans la gorge et mouillaient mes yeux.

Les terres dévastées d’Emilano Monge

Mélanie © Alittlepieceof

Au fond de la jungle mexicaine, des projecteurs s’allument en pleine nuit: un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, est pris d’assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés; les autres sont stockés dans des camions pour être livrés alentour.
Sous la direction des deux chefs de bande, Estela et Epitafio, les convois prennent la route des montagnes. Ces amants contrariés jouissent des souffrances qu’ils infligent. Obsédés l’un par l’autre, ils tentent vainement de communiquer pour se dire leurs espoirs d’une nouvelle vie.
Tenu en haleine, le lecteur navigue entre les différents protagonistes: Estela et sa cargaison dans une direction, Epitafio dans une autre, son homme de main occupé à ourdir quelque vengeance, les jeunes passeurs qui répètent inlassablement leur triste tour… tandis que le chœur des migrants devient peu à peu «sans voix, sans âme et sans nom».
Dans ce récit construit avec une impeccable maîtrise, où les hommes et les femmes sont réduits à l’état de marchandises, Emiliano Monge met à nu l’horreur et la solitude, mais aussi l’amour, la loyauté et l’espérance qui animent les êtres.
Tragédie moderne à la prose rythmée, Les terres dévastées happent le lecteur dans un tourbillon aussi bouleversant que dérangeant.

Mon avis

Je suis heureuse d’avoir terminé ce roman tant il est dérangeant. Il m’a mise sacrément mal à l’aise mais le thème qu’il aborde et la manière dont il est traité sont intéressants.
A première vue d’ailleurs, je ne crois pas que je me serais tournée vers ce roman si je ne l’avais pas reçu par voie de presse. Le sujet traité (le trafic d’êtres humains) m’aurait immédiatement repoussée. Il est toutefois intéressant de sortir des sentiers battus, de se confronter à l’inconnu et de ne pas se fier à ses a priori. Mais cela aura été une lecture difficile. Un certain inconfort ne peut qu’accompagner le lecteur face à tant d’inhumanité.
L’histoire débute par la rafle de migrants par des trafiquants peu scrupuleux. Celles et ceux qui pensaient traverser la frontière et démarrer une nouvelle vie se voient trahis par leurs passeurs. Certains sont tués, d’autres mis dans  des camions pour être vendus (à qui ? pourquoi ? je n’ai pas vraiment compris). Deux convois partent mais sans se suivre et leur parcours restera pour moi une énigme. Le temps que dure le trajet est assez flou, il ne semble durer qu’entre 48 et 72h mais le récit est tellement dense que j’ai eu le sentiment qu’il durait des jours et des jours.
Il faut dire que les trafiquants vivent une vie sans réels repères et il est parfois difficile de les suivre tant leur comportement semble inimaginable. Le récit, sans être un documentaire est pourtant basé sur des faits réels et chaque jour, des femmes, des hommes et des enfants vivent cet enfer, sont torturés, violés, privés de tout, pour finalement être vendus comme simple marchandise.
Moi qui ne supporte pas de voir une femme se prostituer sur le bord de la route tant je sais dans quelles conditions atroces elle est arrivée là et ce que sa présence signifie, lire ce roman a été une épreuve.
Les paragraphes des chapitres sont d’ailleurs entrecoupés de paroles de migrants, écrits à part, en italiques, de véritable témoignages pour le coup qui ne font que rendre le récit encore plus dur, plus fort et plus impensable.
Le pire de l’humanité est contenu dans ce livre et aucun espoir jamais n’est permis.
Se mêle toutefois à l’horreur une histoire d’amour passionnelle mais qui, là non plus, ne respecte aucun des codes habituels et qui ne parvient pas à rendre l’histoire moins tragique. Estela et Epitafio sont des amants maudits. Ils ont vécu une vie teintée de misère, de souffrance et d’esclavage. Victimes devenues bourreaux ils gardent en eux le peu de supplément d’âme que leur permet leur amour. Et encore… un amour maudit, interdit qui peu à peu finit par les rendre fous. Ils ne savent pas comment se parler, comment se comprendre, comment s’aimer. L’issue sera tragique, aucun, non aucun espoir n’est permis.
J’ai eu beaucoup du mal à comprendre tout ce qui se passait, mais comment pourrait-on comprendre que l’on vende des êtres humains, que l’on viole des femmes jusqu’à en faire des objets, que l’on tue juste pour un mot ou un pas de travers, que l’on brûle des corps pour ne pas laisser de traces… J’ai eu du mal à comprendre ces personnages qui font ce qu’ils font parce qu’on leur a dit de le faire.
Finalement, ce sont d’ailleurs les relations entre les personnages qui prennent le dessus, à presque en oublier que pendant que tout ce petit monde se dispute et se trahit, des vies humaines sont en jeu, enfermées depuis des heures dans la remorque d’un camion.
La prose est crue et rythmée, le roman puissant mais extrêmement dérangeant.

Un grand merci aux éditions Philippe Rey pour cette découverte.

Quelques extraits

  • Ils nous ont attachés et jetés là, à l’intérieur…ligotés aux pieds par des lacets de chaussure…par des cordons de chargeurs de portable aux mains…et dans nos bouches nos propres chaussettes.
  • Ce jour où, pour la dernière fois, Estela et Epitafio sont allés se cacher entre leurs roches et où, pour la dernière fois avant de nombreuses années, ils se sont donnés l’un à l’autre. Ce jour où ils se sont juré un amour eternel pendant qu’Estela, allongée sur Epitafio, traçait au feutre des lignes entre les points qu’à l’aide du poinçon du père Nicho elle avait imprimés sur la peau de son amant : comme dans un livre d’enfants, Estela avait alors vu apparaitre, sous son tracé lent et incertain, la rose des vents qui a aussitôt converti à ses yeux Epitafio en une carte, et peut-être même plus : ce jour-là, il est devenu la cartographie même de son existence.

Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Mélanie © Alittlepieceof

« Écoutez la voix des haricots » : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.

Magnifiquement adapté à l’écran par la cinéaste Naomi Kawase, primée à Cannes, le roman de Durian Sukegawa est une ode à la cuisine et à la vie. Poignant, poétique, sensuel : un régal.

Mon avis

J’ai eu vent des Délices de Tokyo lors de son adaptation cinématographique. Je me souviens très bien de la bande annonce et de l’émotion que j’avais ressenti à ce moment là : j’avais envie de courir le voir !
Une chose en entrainant une autre je n’en ai pas eu l’occasion. Les mois sont passés et puis il m’est sorti de la tête.
Jusqu’à ce qu je vois fleurir dans toutes les librairies la couverture ci-dessus ! Et là encore, quelque chose m’intimait de le lire !
Une amie m’a alors fait la surprise de me l’offrir et voilà comment j’ai enfin découvert ce petit bijou de la littérature nippone.
Rien à voir avec les auteurs à succès de l’archipel mais une ambiance bien reconnaissable qui tient probablement à ce que le Japon a de différent avec l’Europe.
Dans la manière dont les personnages se parlent, se comportent l’on ne peut que se trouver plonger dans la retenue propre aux japonais.
Les personnages de ce court roman ne font pas exception. Les apparences doivent toujours être sauves, peu importe la situation et cela peut parfois être un peu déstabilisant pour un esprit plus occidental.
La littérature japonaise faisant partie de mes favorites cela ne m’a ni échappé ni gené outre mesure.
Ceci dit, je ne m’attendais pas du tout à une telle histoire !
Les Délices de Tokyo parlait pour moi uniquement de pâtisserie nippone (et des délicieux Dorayaki devenus, depuis la sortie du film une véritable mode à Paris !) et j’étais vraiment loin de m’imaginer qu’il s’agissait enfait d’une toute autre histoire en lien avec l’histoire
de l’archipel.
Certes, la trame de fond utilise les Dorayaki (des pancakes fourrés de pâte de haricots azukis sucrés qui se consomment tièdes ou froid) mais très vite c’est une toute autre dimension qui est donné au récit.
Tout débute avec l’arrivée d’une vieille dame dans la petite échoppe que tient Sentarô. Le jeune homme prépare des Dorayaki sans âme, sans même les aimer (il n’aime pas le sucre !) et cache un passé dont il a honte.
La vieille dame elle lui propose de l’aider dans la confection de la pâte de haricots rouges, qu’elle maitrise à la perfection.
Il refuse car elle est âgée, et porte comme un handicape aux deux mains.
Mais elle insiste, et il finit par lui donner sa chance. Et c’est vrai, sa pâte de azukis est délicieuse. Sa préparation digne d’un balai aux milles senteurs et où tous les sens sont en éveil. Pour la gourmande que je suis, lire ceci fût un réel plaisir.
Seulement, Tokue, la veille dame cache un lourd secret. Un secret qu’elle partage avec des milliers de japonais, mis au rang de la société depuis plus de cinquante ans.
Je ne vous en dis pas plus car cela serait vous gâcher le plaisir de la lecture mais on en apprend alors un peu plus sur une partie de l’histoire du Japon.
Cette société tellement rigide, qui met un poids d’honneur à ne jamais laisser paraître la moindre émotion en oublie parfois qu’il faut parfois aller de l’avant et dépasse ses apprioris.
Et c’est que Tokue, tout au long de l’histoire défend. Elle qui a vécu une vie de terribles malheurs a décidé de prendre la vie comme elle vient, toujours du bon côté, avec allant et confiance.
Cette vieille dame a fait de sa vie de recluse une vie de petits plaisirs qu’elle souhaite partager avant de mourir.
Sa rencontre avec Sentarô va bouleverser le jeune homme mais aussi une jeune étudiante du nom de Wakana. Tous deux s’attacheront à cette vieille dame et apprendront à comprendre son passé.
Tokue les aidera à voir leur avenir sous un jour meilleur et poussera Sentarô à dépasser cet état de looser dans lequel il se complait.
C’est une merveilleuse histoire, pleine de saveurs et d’émotions que je refermée avec les larmes aux yeux.
Un petit bijou !
M’est d’avis que je ne vais pas tarder à voir le film en VOD !

Quelques extraits

  • De la pâte de haricots confits encore tiède entre deux petits pancakes joufflus fraîchement cuits. Pour les amateurs, c’est un instant divin.
  • Mais tout de même, pendant plus d’un siècle, cet endroit n’avait cessé d’avaler des gens, d’en exclure d’autres. Sentarô crut sentir, derrière cette quiétude singulière,
    des soupirs et des regrets profondément imprégnés dans le sol.
  • Je suis convaincue que chaque chose ici-bas est douée de parole. A mon avis, on peut prêter l’oreille à tout, aux passants dans la rue devant la boutique bien entendu, à tout ce qui est vivant, et même aux rayons du soleil et au vent.
  • Quelques soient nos rêves, un jour, on trouve forcément ce qu’on cherchait grâce à la voix qui nous guide, j’en suis convaincue. Une vie est loin d’être uniforme. Parfois, sa couleur change du tout au tout.

Bonne lecture !

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Rendez-vous sur Hellocoton !


2 thoughts on “Mes lectures de l’été”

  • Coucou,
    Voilà quelques (longues) semaines que je n’ai pas ouvert de livre…. Je suis trop fatiguée pour ça ! J’ai pourtant une PAL impressionnante.
    Quant à Olivier Adam, je trouve son écriture triste, presque glauque…
    Je garde tes autres idées dans un coin, merci pour tes partages 🙂

    Bisettes

    View Comment
    • C’est vrai qu’Olivier Adam semble faire dans les récits plutôt mélancoliques. Je verrais en lisant d’autres de ses romans…
      Je te conseille vivement Les délices de Tokyo c’est un vrai petit bonheur 🙂
      Prends soin de toi, bises

      View Comment
  • Oh que j’aime cette variété et ce mélange de romans légers et plus compliqués… quoique « les terres dévastées » me semble un peu trop dur pour mon petit cœur de lectrice sensible! C’est parfois là pourtant que se cachent les belles surprises…

    View Comment
    • Merci pour ton joli commentaire ♥
      En effet si tu es sensible (comme moi…) mieux vaut éviter Les terres dévastées. Les délices de Tokyo, c’est une valeur sûr (quoique très émouvante pour les petits coeurs 🙂 )

      View Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *