Mes dernières lectures #1

Mes dernières lectures #1

Deux romans lus en décembre.
Deux histoires de femmes malmenées par la vie, par les hommes, traitées comme de simples objets et qui parviennent coûte que coûte à vivre, à aimer, à donner la vie. Deux auteurs et deux histoires différentes et pourtant à bien des titres similaires.

La couleur de l’eau de Kerry Hudson

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Sous le charme, Dave, vigile dans un luxueux magasin londonien, laisse partir une jeune voleuse qu’il vient de surprendre. Sa journée terminée, il la découvre dehors, à l’attendre. C’est le début d’une relation complexe entre deux êtres abîmés. Comment Alena, venue avec tant de projets de sa Russie natale, s’est-elle retrouvée à la rue et sans papiers ? Pourquoi Dave vit-il comme en exil à quelques kilomètres de chez lui ? Qu’ont-ils bien pu traverser l’un et l’autre pour être si tôt désabusés ?
Page après page, ils s’apprivoisent, se rapprochent – et prennent soin d’éviter leurs zones d’ombre : les réseaux de prostitution, les compromissions, les peurs et les espoirs étouffés de l’une, les cités anglaises à l’horizon bien bas, les rêves d’aventure et les lâchetés de l’autre.
Se gardant des clichés et du larmoyant, Kerry Hudson donne voix aux classes souvent délaissées par la littérature et raconte ses personnages avec leurs fragilités et leurs faiblesses. De l’East London à la Sibérie en passant par Moscou, elle tresse un récit d’une grande finesse, mêlant portrait social et histoire d’amour moderne. Un roman lumineux.
Kerry Hudson a remporté hier le Prix Femina Étranger pour son roman La Couleur de l’eau.

Je me suis plongée la tête la première dans ce roman bien qu’au début j’ai été un peu déstabilisée par le style de l’écriture. En effet, l’auteur fait de très nombreux flash-back dans la vie de ses personnages, et ce dès le début de l’histoire, sans aucune transition et il m’a fallu quelques pages pour m’habituer à ces aller-retour incessants, apprendre à connaître les personnages entre passé et présent. Une fois ces quelques pages d’adaptation je me suis immédiatement attaché à eux, à David, ce grand gaillard beau gosse, solitaire, travailleur qui traine derrière lui un lourd passé rempli d’alcool, d’amour maternel imposant, de petits boulots et de tendresse, à Alena, cette jeune femme russe complètement paumée, à qui la vie n’a jamais vraiment souri, qui a vécu le pire et qui oscille entre grosse carapace et fleur de peau.
Ces deux là n’auraient certainement pas pensé se rencontrer un jour mais il aura suffi d’un regard pour que Dave tombe sous le charme de la jeune russe malgré ses guêtres et sa déchéance. Elle verra d’abord en lui un moyen comme un autre de s’en sortir, de se sauver, de se protéger jusqu’à ce qu’elle laisse sa gentillesse, sa tendresse, sa bonté faire le reste…
Ces deux là sont des écorchés vifs, ils ont vécu ce que personne ne voudrait vivre et font de leurs blessures le gage d’un amour plus fort que tout… Plus fort que le manque d’argent, plus fort qu’un appartement pourri, plus fort qu’un avenir sans projets, plus fort que tous ces bâtons dans les roues que la vie semble s’amuser à leur mettre. Mais ce qu’à vécu Alena en arrivant à Londres, ce que vivent des milliers de filles de l’Est, d’Afrique et d’ailleurs chaque jour ne peut s’effacer d’un coup de baguette magique et tout l’amour de David ne pourra empêcher ce poison de s’immiscer dans ses veines, ce passé de la rattraper, cette violence de la saisir, chaque jour un peu plus.
Les personnages de cette histoire glauque sont décrits avec un grand réalisme et l’auteur ne cherche jamais à émouvoir son lecteur. Certains passages sont durs, très très durs, de là à en faire des cauchemars et à s’endormir le coeur lourd. C’est écrit avec justesse, et à chaque page il est difficile de ne voir cela que comme une fiction car se cache derrière le récit des faits réels, un monde qui existe et avec lequel on compose, nous les plus chanceux, sans vraiment y penser au quotidien mais qui à travers ces pages devient évident. Un monde cruel, injuste, malsain, violent, inhumain. L’égalité des chances comme pure utopie, la galère de trouver un boulot, un logement, de se faire une place dans la société comme trame de fond. L’enfer vécu par des milliers de femmes qui, parce qu’on leur a promis un avenir se laisse déposséder de tous leurs droits, de toute leur âme.
Il y a un moment dans le livre où je me suis dis stop, c’est trop, c’est trop dur, c’est trop triste, il ne leur arrive que des merdes, il ne ‘sen sortiront jamais, ils s’engluent inéluctablement dans la misère (physique, affective, financière…) et où je n’avais qu’une envie : arriver à la fin et voir qu’enfin tout s’arrange. Et en même temps j’en aurais voulu à l’auteur d’avoir écrit une happy end parce que cela n’aurait pas été plausible, cela aurait été mentir. J’ai beaucoup aimé toute la dernière partie avec le voyage de Dave. Je ne peux vous en dire plus car ce serait vous raconter l’histoire et ce serait dommage pour celles et ceux qui souhaitent la découvrir. Mais j’ai beaucoup aimé ce voyage donc, ses rencontres, sa façon de vivre son départ, ce dépaysement, ses craintes. Tout là encore est des plus réaliste et il est très aisé de se mettre à la place des personnages. Alena elle semble peut-être parfois un peu difficile à saisir mais cela ne renforce qu’un peu plus le poids de ses malheurs, l’empêchant d’être elle même, ne sachant plus d’ailleurs réellement qui elle est. Elle ne semble capable que de penser à l’instant présent, elle démarre au quart de tour mais comment faire autrement ?
La fin donc est comme une sorte de soulagement mais reste tout de même assez sombre pour que le lecteur ne se sente pas dupé. Une histoire lourde, qui prend aux tripes.

Un grand merci aux éditions Philippe Rey pour cette lecture.

Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé

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Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu’un destin, cela se brise. Elle fuit l’île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d’une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L’Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir.

Chaque roman que je lis d’Ovaldé me conforte dans l’amour  que j’ai pour son écriture, son style, les thèmes qu’elle aborde.
Là encore c’est une histoire de femmes, de trois femmes, de trois générations de femme maudites. Maudites parce que nées avec le mauvais sexe, celui considéré comme faible et utilisable à souhait. Celui que l’on viole, que l’on salit, que l’on kidnappe… Mais celui aussi et surtout qui a la force, le pouvoir de vivre malgré tout. Ces trois femmes auraient pu sombrer dans la folie ou l’errance (comme le fait l’une d’entre elle d’ailleurs) mais Vera Candida et sa grand-mère choisissent elles d’avancer.
Il y a tout dans ce récit, l’amour, la haine, la vie, la mort, la maladie, l’errance, la survie, les relations mère-fille, l’adolescence, la jalousie, la patience…
Une histoire universelle, écrite comme un conte sous la merveilleuse plume d’Ovaldé.
Mon amoureux qui l’a lu avant moi a vu dans ce roman de nombreuses références ou ressemblances avec « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez que je n’ai pas (encore) lu.
Ce roman, paru en 2009 aux éditions de l’Olivier a reçu la même année le Prix Renaudot des Lycéens 2009 et le Prix France Télévisions 2009 et le Grand Prix des lectrices Elle 2010.

 

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