Mes dernières lectures

Mes dernières lectures

Les dernières lectures de l’année ont, comme les premières, une saveur toute particulière. Elles déterminent à mon sens dans quel état d’esprit nous allons terminer l’année, de manière plutôt gaie ou plutôt triste, avec une lecture légère ou sérieuse.
Pour cette fin d’année, je me suis plongée dans un best seller américain façon pavé, un court roman génial adapté en série qui m’a bien fait cogiter et une histoire plus légère qui sent bon le pain d’épices.

American Gods de Neil Gaiman

Mélanie © Alittlepieceof

Dans le vol qui l’emmène à l’enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur ? Et en quoi consiste réellement le travail qu’il lui propose ? En acceptant finalement d’entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d’un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l’ancien monde et nouvelles idoles profanes de l’Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l’aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde…

Mon avis

Derrière cette couverture sublime se cache un pavé de 700 pages écrit par un raconteur d’histoire hors du commun et du fantastique dont l’intrigue est on ne peut plus foisonnante. Lauréat de nombreux prix prestigieux et plébiscité par G.R.R Martins lui même, ce roman avait tout pour me plaire… Malheureusement je n’ai probablement pas choisi le bon moment pour le lire. Trop préoccupée par mon travail et mes projets, je n’ai pas réussi à lui consacrer toute l’attention nécessaire. J’ai même, pour la première fois, lu un autre livre en même temps, tant j’ai eu besoin de faire un break dans ma lecture de celui-ci.
Ce n’est pas que je n’ai pas aimé, au contraire c’est juste que je n’avais pas la concentration nécessaire pour me plonger pleinement dans cette histoire.
Une histoire très contemporaine dans laquelle Gaiman donne vie aux dieux et mythes anciens, des croyances vikings aux dieux de la technologie d’aujourd’hui.
Dans son récit, il installe les anciens dieux en Amérique, amenés par de hardis navigateurs puis par les vagues successives d’émigrants, ils se retrouvent amoindris (par le manque de foi des humains ?) pris au piège par de nouvelles idoles venues du cinéma et du web.
Tout débute avec Ombre, qui à peine sorti de prison, découvre que sa femme est morte et que son meilleur ami était son amant. Paumé, sans grand avenir, il rencontre Voyageur, un borgne étrange, qui lui offre un travail. Malgré une première réticence, Ombre accepte et se retrouve alors plongé dans un road trip qui le mènera sur les routes d’Amérique, à la rencontre des dieux et des déesses, des morts vivants, de son passé, de son enfance… Mais l’orage gronde, Ombre le sait. Il voit à travers ses rêves qu’une guerre va éclater, guerre des dieux anciens et des nouveaux. Il est pris entre les deux malgré lui.
Mes passages préférés sont ceux qui n’ont au final pas grand chose à voir avec tout cela. Ce que j’ai préféré c’est lorsqu’Ombre se retrouve à Lakeside et apprend à y connaître les habitants, les lieux, une sorte de période de calme avant la tempête annoncée. Mais l’œuvre est si riche qu’il faudrait presque avoir une encyclopédie à côté de soi pour la lire et en comprendre toutes les nuances.
Gaiman dessine le portrait  de l’Amérique des plus sombres tout en étant réaliste (colonisation, massacre des indiens, esclavagisme, chômage, racisme….) où les croyances ont fait place à l’appât du gain, du pouvoir. Il se sert de son histoire pour en tirer des leçons de vie. Son récit est assez sombre mais drôle aussi et bourré d’ironie mais malheureusement très très long et c’est surement pour cela que j’ai vite décroché. Il s’agit là indéniablement d’une œuvre immense servie par un maître de la littérature !
Dans cette édition parue au Diable Vauvert, le récit est accompagné d’illustrations noir et blanc de Daniel Égnéus. Le livre a été adapté en série cette année et je suis assez curieuse de voir le résultat !

Quelques extraits :

  • – Vous aussi, vous êtes déjanté, mais vous êtes sympa.
    – Je crois que c’est ce qu’on appelle la condition humaine, dit Ombre
  • Quand on dirige une entreprise de pompes funèbres, on ne s’enquiert jamais de la santé des gens. Ils pourraient croire qu’on cherche du travail.
  • Je crois que les hommes ne sont que de petits garçons montés en graine avec de profonds problèmes de communication, que le déclin de la sexualité en Amérique coïncide avec le déclin des drive-in dans la plupart des États.
  • Les religions sont après tout des métaphores par définition : Dieu est un rêve, un espoir, une femme, un humoriste, un père, une ville, une maison aux nombreuses pièces, un horloger ayant abandonné son plus beau chronomètre dans le désert, quelqu’un qui vous aime – et même, peut-être, contre toute logique, un être céleste dont le seul but est de faire prospérer et triompher de tous les obstacles votre équipe de foot, votre armée, vos affaires ou votre couple.
  • Évidemment. Toutes les vraies guerres sont livrées entre deux groupes de gens sûrs de leur bon droit. Les individus les plus dangereux sont persuadés d’agir uniquement pour la bonne cause. Voilà ce qui les rend dangereux.

La servante écarlate  de Margaret Atwood

Mélanie © Alittlepieceof

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés.  La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.
« Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. » Télérama

Mon avis

Si je devais résumer ce que je vais vous dire ci-dessous, je dirais simplement que j’ai plus qu’adoré ce roman !!! C’est un gros gros gros coup de coeur !
J’ai regardé l’adaptation série en  même temps que je le lisais et les deux sont de vrais gros coups de coeur ! La série est très fidèle au récit, me permettant de mettre des images sur ma lecture, la rendant encore plus vivante, vibrante.
Le thème narré par Atwood est passionnant et m’a plongée dans une grande réflexion, une sorte de crainte aussi. Infiniment contemporain (mais comment a t-il fait pour imaginer tout cela avec tant de justesse dans les années 80 ?), réaliste, dérangeant, intelligent, terrifiant… Cette histoire restera très longtemps gravée dans ma mémoire et j’espère qu’elle ne deviendra jamais réalité…
Dans le monde imaginé par Margaret Atwood, notre monde, à quelques années seulement de plus qu’aujourd’hui, le taux de fertilité est au plus bas, les couples n’arrivent plus à avoir d’enfant, la planète est menacée, la pollution au plus haut, le fanatisme ne cesse de gagner du terrain…
Un contexte étrangement réaliste n’est-ce pas ?
C’est alors que la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux prend le pouvoir. Ils transforment les grandes villes américaines en sanctuaires dirgiées par les « commandant » qui ont tout pouvoir. Des frontières sont érigées, les femmes redeviennent soumises et doivent rester au foyer.
Les homosexuels et les lesbiennes sont chassé(e)s, torturé(e)s ou tué(e)s. Les religieux, à cause de leur voeu de chasteté, s’ils ne se rallient pas à la cause, subissent le même sort. Les libertés sont supprimées et la vie de chacun régentée par des règles militaires drastiques. Les femmes fertiles, très peu nombreuses sont capturées pour devenir servantes, leurs enfants placés dans des familles qui les éduqueront selon les principes de la république de Gilead, les petites filles mariées de force dès la puberté…
Le rôle de la femme se résume alors à donner la vie ou si la nature l’en a privé, à servir  son mari. Les servantes écarlates après avoir été kidnappées, torturées sont alors mises au service des « commandants » et de leur femme pour leur servir d’utérus sur patte ». Soumission, viol… elles sont traitées comme des objets, surveillées, observées, menacées…
Le tout couvert par la religion et les paroles de la bible…
Le but de tout cela : faire des enfants, répondre à la volonté de dieux et… sauver le monde.
Et là, je me suis posé une simple question : serait-ce si grave si nous n’arrivions plus à faire d’enfants ?
Ne sommes-nous pas déjà trop nombreux sur cette planète que nous tuons à petit feu ?
Mais ces réflexions n’engagent que moi…
Dans le monde de Gilead, chaque couche de la population est reconnaissable à la couleur qu’elle porte (rouge écarlate pour les servantes, kaki pour les marthas autrement dit les femmes de ménage et cuisinières, noir pour les gardiens, vert émeraude pour les femme de commandant, rose pâle pour les petites filles…), l’argent a été remplacé par des tickets, tout est rationné comme en temps de guerre, la lapidation a remplacé le tribunal…
C’est un récit terriblement glaçant car je ne peux m’empêcher de me dire que tout  cela est à nos portes, quelle que soit la religion, tout fanatisme peut engendrer ce genre de civilisation dégénérée ou les droits et libertés sont bafoués. Heureusement dans le roman, Defred, la servante écarlate qui raconte son histoire est une battante, elle tente de ne pas oublier son passé, son vrai prénom, sa fille, son mari… En tout cas, cela m’a drôlement fait réfléchir étant donné le contexte politique dans lequel le monde est plongé. A nous de veiller à ce que ce genre de folie n’arrive jamais.
La fin laisse une porte ouverte au lecteur, à lui d’imaginer la suite… Quoique la postface donne quelques pistes.
Raconté à la première personne, ce roman extraordinaire est un manifeste féministe à lire (et à voir) de toute urgence !

Quelques extraits :

  • Les hommes sont des machines à copuler, disait Tante Lydia, et pas grand-chose de plus. Vous devez apprendre à les manipuler, pour votre propre bien. A les mener par le bout du nez : c’est une métaphore. C’est la voix de la nature. C’est le dessein de Dieu.
  • Mayday était un signal de détresse, il y a bien longtemps, au cours de l’une de ces guerres que nous étudiions au lycée. (…)
    Est-ce que tu sais d’où cela vient ? avait demandé Luke.
    Mayday ? Non. (…)
    C’est du français, avait-il dit. Ça vient de « M’aidez ».
    Aidez-moi.
  • « Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. »
  • Mais souvenez-vous que le pardon est aussi un pouvoir. Le mendier est un pouvoir, le refuser ou l’accorder est aussi un pouvoir,peut-être le plus grand de tous.
  • Pour celles qui viendront après vous, ce sera plus facile. Elles accepteront leurs devoirs de bon cœur.
    Elle ne disait pas : parce qu’elles n’auront pas de souvenirs, de quoi que ce soit d’autre.
    Elle disait : parce qu’elles ne désireront pas ce qu’elles ne peuvent pas avoir.

Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

Mélanie © Alittlepieceof

Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l’armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d’insouciance. Jusqu’à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps …
Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d’une pâtisserie allemande, celle d’Elsie … Et le reportage qu’elle prépare n’est rien en comparaison de la leçon de vie qu’elle s’apprête à recevoir.

Mon avis

Conseillée par l’une d’entre vous, ce livre est exactement ce qu’il me fallait pour cette période de l’année. Un récit qui se déroule pendant Noël, facile à lire (je vous en parlais d’ailleurs déjà ici). Pourtant c’est un livre à côté duquel je serais probablement passée si l’une d’entre vous ne me l’avait pas conseillé (merci !) Je n’avais d’ailleurs pas spécialement prévu de lire de roman de Noël cette année mais allez savoir pourquoi je me suis laissée tenter (le titre peut-être…une histoire de cannelle ne peut foncièrement pas être une mauvaise histoire !).
Je partais malgré tout avec plein d’aprioris (idiots) pensant à tort que je m’ennuierais en le lisant (la guerre, encore la guerre…). Que nenni ! Si je n’avais pas été si crevée je l’aurais volontairement dévoré en quelques soirées. Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman c’est que l’intrigue se passe à plusieurs niveaux, concernent plusieurs personnages et que tout s’imbrique vraiment très bien. Il y a Reba, qui vit au Texas, en 2007 et il y a Elsie qui raconte sa jeunesse en Allemagne durant la guerre. A priori toutes deux n’avaient aucune raison de se rencontrer mais la vie en a décidé autrement. Le récit passe d’une époque à l’autre, d’un continent à l’autre ne laissant jamais l’opportunité au lecteur de voir le temps passer.
La description des pains et gâteaux allemands a fait saliver la gourmande que je suis plus d’une fois, les difficultés rencontrées par Elsie et sa famille durant la guerre m’ont émue et l’histoire de Reba ajoute un petit soupçon de « comédie romantique » sans tomber dans la niaiserie.
Car au fond il y a la question de l’immigration et du racisme, derrière tout ça.

Quelques extraits

  • Personne n’est bon ou mauvais par naissance, nationalité ou religion. Au fond de nous, nous sommes tous maîtres et esclaves, riches et pauvres, parfaits et imparfaits.
  • En Allemagne, je me souviens des juifs sans rien à manger, mon pére essayant de faire tourner notre boulangerie avec une tasse de sucre par semaine. Des Noëls froids. Si froids qu’on pouvait geler sur place. Des soldats ivres en uniforme de laine. Des marques de bottes sales sur la neige. Des familles incapables de se réunir et des secrets qui n’avaient rien à voir avec Saint- Nicolas, les rennes ou la magie…
  • C’est un trop gros travail pour toi ou pour moi. Il faut arrêter d’avoir peur des ombres et accepter que le monde est fait de teintes de gris, de lumière et de ténèbres. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre.
  • Les gens se languissent souvent de choses qui n’existent pas, de choses qui ont été, mais ne sont plus.
  • Je ne me suis jamais laissé impressionner par les grandes démonstrations de romantisme. L’amour est dans les petites choses, les attentions quotidiennes, la gentillesse et le pardon.
  • Tout ce que je peux avouer, c’est que j’aime mes bébés ! L’association n’approuve pas que les mères fasses preuve de possessivité maternelle concernant les enfants de la patrie, mais je ne peux taire mes sentiments. Ils étaient en moi pendant neuf mois, pas dans le ventre du Führer !

Bonne lecture !

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4 thoughts on “Mes dernières lectures”

  • J’avais déjà repéré « Un goût de cannelle et d’espoir » il y a quelques temps mais je n’avais pas noté (ou du moins pas souvenir) qu’il se passait à Noël… je vais le noter pour la fin d’année !

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  • Je n’ai lu aucun des livres que tu présentes. En revanche, j’ai adoré l’adaptation en série de La servante écarlate et je compte bien le lire prochainement. Je n’avais jamais entendu parler de « UN GOÛT DE CANNELLE ET D’ESPOIR DE SARAH MCCOY » mais le résumé que tu en a fait m’attire vraiment. C’est fou comme certains livre nous parle plus, peut être que c’est une question de « moment ». En tout cas, je pense me le procurer et le lire avant la servante écarlate et d’autre bouquin de ma PAL.
    Merci pour les découvertes !

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  • Bon, alors, moi, je n’ai pas compris pourquoi ‘American Gods’ a pu provoquer un tel engouement ? L’écriture me semble franchement banale mais c’est une traduction… Le personnage principal se fait balader de long en large, pas du tout protagoniste le gars. Je ne vois ni action, ni intrigue. Les dieux ? Honnêtement, je n’ai pas réussi à m’en faire une idée quelconque ; l’auteur a bien essayé de leur donner un visage humain (on me dira que c’est l’inverse ?) mais aucune image n’est parvenue à mon cerveau retors (ça doit être ça le problème…). Si d’aucuns ont apprécié, qu’ils me le disent !

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