Mes dernières lectures

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Première fournée de lectures pour 2018 !
De la littérature finnoise, de l’humour belge, un roman féministe, un petit guide sur les règles et un thriller phénoménal !

Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen

Mélanie © Alittlepieceof

Au sein d’un petit village finlandais prospère, une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains se réunit autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’intimité de cette société, Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre que l’essentiel de l’inspiration des membres semble provenir d’un mystérieux carnet. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu’une étrange peste semble s’être abattue sur les livres de la bibliothèque, qui voient leur fin subtilement altérée…

Mon avis

Première lecture de l’année et quelle étrange lecture !
Il faut dire aussi que j’ai vu la couverture de ce roman sur Instagram il y a quelques mois et que c’est devenu une espèce d’obsession : je voulais le lire !
Reçu à Noël je l’ai lu en une petite semaine (vive les vacances !) et j’ai été très surprise par son contenu.
L’histoire est vraiment très étrange, entre fantaisie et conte hallucinogène.
C’est Ella qui mène la danse. Cette prof dépressive se retrouve officiellement intégrée dans la société littéraire de sa ville; un club d’écrivains très connus dirigé par la plus célèbre des auteurs finnois et qui cache évidemment un secret (voir des secrets). Bon, jusque là, l’histoire est plutôt sympa. Je voyais déjà un club d’écrivains comme dans le cercle des poètes disparus ou quelque chose dans ce style…
Mais le récit part dans plusieurs directions et il est parfois difficile de suivre l’esprit un peu (beaucoup ?) tordu de l’auteur. J’ai aimé que l’histoire soit fondée sur un réel amour de la littérature mais j’ai ressenti parfois un certain malaise face à des personnages assez malsains, aux rapports qu’ils entretiennent entre eux et à leur psychologie douteuse. La traduction est probablement très approximative comme souvent dans la littérature étrangère et cela donne des dialogues totalement nuls alors que l’intrigue elle se laisse suivre avec un certain attrait, jusqu’à une fin on ne peut plus… étonnante ! Je suis restée sur ma faim un peu déboussolée par cette lecture énigmatique.

Quelques extraits

  • Elle avait lu plus qu’il n’était raisonnable, des centaines de livres par an. Elle avait lu certains livres deux fois ou même davantage avant de les rendre. Elle en réempruntait bon nombre après une petite pause digestive. Elle était déjà encline à penser que les livres sont à leur plus haut degré de perfection quand on les lit pour la deuxième ou la troisième fois.
  • La réalité quotidienne était le puzzle commun de tous les membres de l’humanité, le fondement de toute relation humaine.
  • Mais tout le monde sait bien que les gens normaux ne se mettent pas à pondre des romans. Les gens normaux font des métiers normaux. Toute cette saleté de littérature, avec son cortège d’excités et de flagorneurs, c’est rien d’autre que des cerveaux dérangés qui crachent de l’encre.

Les vacances d’un serial-killer de Nadine Monfils

Mélanie © Alittlepieceof

Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane.
Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s’enfuit. Furieux, Alfonse s’arrête dans un snack pour s’enfiler une bière pendant que les deux ados, avec leur manie de tout filmer, s’amusent à planquer leur caméra dans les toilettes, histoire de recueillir quelques images truculentes. La famille Destrooper reprend finalement la route. À l’arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leur vidéo. Quand, soudain, ils découvrent à l’écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute! Et, pour couronner le tout, la magnifique pension dans laquelle les Destrooper ont prévu de séjourner est un rade pourri. Les vacances en enfer ne font que commencer…
Une comédie décapante, teintée d’humour noir et d’un zeste de poésie, un hymne à la Belgique.

Mon avis

Je découvre cet auteur plébiscitée de longue date par un ami. Un court récit façon humour belge. On aime ou on n’aime pas.
Je n’ai pas accroché, pourtant je suis bon public, je rigole assez facilement mais là… je ne sais pas pourquoi, ça n’a pas du tout fonctionné.
Un roman fait des très nombreux dialogues façon Deschiens (pour celles et ceux qui ont connu) avec des personnages beaufs à souhait à qui il arrive tout un tas de mésaventures toutes plus loufoques les unes que les autres. Trop (pour moi) peut-être…jusqu’à ce petit moment de grâce dans lequel Nadine cesse le pipi caca pour parler du monde dans lequel nous vivons fait d’inégalités et de bien des merditudes. Un court paragraphe qui arrive sans prévenir et où l’on comprend où elle veut en venir.
Il n’était peut-être pas nécessaire d’en faire des caisses pour en arriver là….

Quelques extraits

  • La grossièreté, c’est pas de causer comme un pilier de comptoir, mais c’est avoir un langage châtié et de foutre la planète en l’air en remplissant des piscines alors que des mômes meurent de soif.
  • – Quelle salope !
    – Oh, c’est la mère de mes enfants quand même…
    – Et alors ? C’est pas parce qu’on pond des gniards qu’on est une sainte.
  • Ça fait près de vingt ans qu’on est mariés. Au début, c’était mon amour. Puis c’est devenu ma femme, et maintenant c’est ma bonniche.
  • Parce que la vraie obscénité n’est pas dans le vocabulaire. Elle est dans la violence gratuite. Dans ces trous-du-cul qui nous font gober n’importe quoi pour s’en mettre plein les poches. Dans ce putain de monde où tout part en couilles, où les riches se pavanent sur leur tas de pognon sans même jeter un regard à ceux qui crèvent la dalle. La grossièreté, c’est pas de causer comme un pilier de comptoir, mais c’est avoir un langage châtié et de foutre la planète en l’air en remplissant des piscines alors que des mômes meurent de soif.

La tresse de Laëtitia Colombani

Mélanie © Alittlepieceof

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Mon avis

J’avais entendu parler de ce livre dès sa sortie et on me l’avait maintes fois conseillé jusqu’à ce que je le trouve dans la bibliothèque de ma maman qui a gentiment accepté de me le prêter. Je savais déjà avant même de l’ouvrir qu’il allait très certainement beaucoup me plaire. Des histoires de femmes, racontées par une femme, le récit d’un combat (de plusieurs combats).
3 femmes, 3 continents, 3 destins reliés par la même rage de vaincre (la maladie, la pauvreté, l’ignorance…)
3 histoires qui s’entremêlent comme les branches d’une tresse qui unit ces 3 forces de vie, d’amour et de courage.
Il y a Sarah qui vit à Montréal, c’est une avocate qui voue sa vie à son métier, qui mène sa vie comme elle contrôle sa carrière, en oubliant tout le reste. Jusqu’au jour où la machine s’enraille, où la maladie lui rappelle qu’elle est un être humain et non un robot. Dénonciation de la société dans laquelle les femmes doivent tout sacrifier si elle veulent une carrière et se montrer à l’égal des hommes pour “réussir”.
Il y a Smita, une intouchable vouée à vie de misère mais qui rêve que sa fille aille à l’école et qui fera tout pour le réaliser. Une histoire bouleversante car véridique où là encore les inégalités sont dénoncées, avec poésie mais sans rien cacher de la misère la plus profonde dans laquelle, encore aujourd’hui des êtres humains vivent. C’est intolérable et la lecture de ces passages sont les  plus marquants du livre.
Et puis il y a Giulia la jeune italienne qui va devoir devenir adulte un peu plus vite que prévu quitte à aller à l’encontre des traditions et de l’avis familial. Une belle histoire de courage, d’amour et de ténacité sur fond de mondialisation.
La fin arrive un peu vite, c’est dommage. Elle est malgré tout très belle et d’une grande poésie. Mais elle tranche avec la douceur avec laquelle l’auteur a su placer ses personnages et son intrigue. On aimerait que ce sentiment perdure. Il n’en reste que ce premier roman est une vraie réussite.  Ou comment se retrouver sous sa couette à pleurer en tournant les pages.

Quelques extraits

  • Comme c’était étrange, laisser des parents morts traîner sous terre et continuer soi-même ses menues occupations quotidiennes.
  • Les victimes de viol sont considérées comme les coupables. Il n’y a pas de respect pour les femmes, encore moins si elles sont Intouchables. Ces êtres qu’on ne doit pas toucher, pas même regarder, on les viole pourtant sans vergogne. On punit l’homme qui a des dettes en violant sa femme. On punit celui qui a frayé avec une femme mariée en violant ses sœurs. Le viol est une arme puissante, une arme de destruction massive. Certains parlent d’épidémie.
  • Sarah le sait maintenant: elle est stigmatisée. Dans cette société qui prône la jeunesse et la vitalité, elle comprend que les malades et les faibles n’ont pas leur place. Elle qui appartenait au monde des puissants est en train de basculer, de changer de camp.
  • Dans certains villages, les Dalits doivent signaler leur présence en portant une plume de corbeau. Dans d’autres, ils sont condamnés à marcher pieds nus- Tous connaissent l’histoire de cet Intouchable, lapidé pour le seul fait d’avoir porté des sandales. Smita entre dans les maisons par la porte arrière qui lui est réservée, elle ne doit pas croiser les habitants, encore moins leur parler. Elle n’est pas seulement intouchable, elle doit être invisible.
  • Mère de famille, cadre supérieur, working-girl, it-girl, wonder-woman, autant d’étiquettes que les magazines féminins collent sur le dos des femmes qui lui ressemblent, comme autant de sacs pesant sur leurs épaules.

Le grand mystère des règles de Jack Parker

Mélanie © Alittlepieceof

Pour en finir avec un tabou vieux comme le monde.
Un livre sur les règles ? Mais pourquoi ?
Parce que les règles sont toujours enveloppées d’un voile de répulsion et de rejet. Parce qu’on ignore encore beaucoup trop de choses au sujets des menstruations, ne serait-ce que d’un point de vue purement biologique.
Parce qu’on ne connaît pas assez les problèmes de santé qui y sont liés et que de nombreuses personnes souffrent parfois en silence, sans savoir que ce n’est pas normal et qu’il existe des solutions.
Il est grand temps que ce tabou rejoigne le clan des reliques et qu’on arrête de culpabiliser, de complexer et de se cacher à tout prix- qu’on possède un utérus ou non. C’est tout l’objet de ce livre.

Mon avis

Vous avez dû comme moi voir la couverture de ce livre un peu partout. J’avoue que j’étais assez dubitative, à la fois curieuse et sceptique sur son contenu. Un livre sur les règles ? Oui, bon… quand on a 12 ans d’accord mais ensuite ?
J’étais loin de m’imaginer passer un si bon moment en le lisant !
C’est un livre d’utilité publique, à offrir à vos ami(e)s, fille, nièce, neveu, père, frère, soeur, mari, petit ami, collègue : Tout le monde !
Parce que le but de ce petit guide c’est avant tout de démystifier la chose, en parler sans tabou et en faire une cause de militantisme. C’est écrit comme un blog, sans fioritures, avec énormément d’humour (qu’est-ce que j’ai ri !!!) mais c’est aussi bourré d’infos essentielles ! Parce qu’aujourd’hui encore de nombreux préjugés entourent cette fonction pourtant naturelle du corps féminin. Il n’y a qu’à voir les publicités pour les protections féminines qui nous vendent des produits parfumés ( ?) pour recueillir un étrange liquide bleu (?). Dans ce livre (assez cru parfois, attention à vos ados si jamais elles le lisent, votre présence de parent ne sera probablement pas un luxe) tout est dit, ce que c’est, à quoi ça sert, comment on se protège, ce que l’on peut ou non pendant cette période (on peut TOUT faire, reste à savoir si on en a ENVIE !)
Dans toute la première partie Jack (l’auteur du blog Passion Menstrues) explique très précisément ce que sont les règles, comment cela se passe dans le corps de la femme, quels moyens il existe pour recueillir le sang, palier aux douleurs qui y sont liées. J’ai regretté qu’il ne soit pas mentionné plus que cela le Syndrome Prémenstruel et les moyens de moins en souffrir (je vous en parlais un peu ici) mais en même temps ce n’est pas là le sujet du livre de Jack Parker.
Puis, une fois l’aspect pratique évoqué, elle explique pourquoi c’est aujourd’hui encore un tabou, comment, c’est à nous, aujourd’hui d’éduquer nos filles ET nos fils pour que cela cesse et que l’on arrête de voir cette période comme une honte ou quelque chose dont on ne doit surtout pas parler.
Aujourd’hui encore des femmes meurent à cause du tabou que représente leurs règles et c’est à nous et aux générations à venir de lutter contre cela. C’est par l’éducation, le dialogue que le message passe.
Je me souviens encore de mon fils, parti en vacances chez son père et qui un jour m’appelle en me disant “maman, j’ai une question à te poser”
“M ne va jamais se baigner, je ne comprends pas. Pourtant il fait beau, on est à la plage… Papa m’a dit de te demander  de m’expliquer”
Vous imaginez un peu la scène… Mon fils est en vacances à près de 1000 km de moi, avec son père et sa belle-mère qui ne se baigne pas parce qu’elle a ses règles et personne, à commencer par la principale concernée n’est capable de lui dire simplement les choses. Je lui ai expliqué, à distance (heureusement qu’il avait déjà lu un livre sur la sexualité et sur lequel j’ai pu reprendre un peu les bases…). Il a très bien compris et ça ne l’a ni choqué ni particulièrement semblé étrange. Il voulait juste comprendre pourquoi elle ne se baignait pas.
Tout ça pour dire que c’est en libérant la parole, en parlant de nos règles (même si ce n’est pas non plus une obligation de le crier sur les toit) que l’on empêchera que des jeunes filles qui vivent en France n’osent pas en parler à leur propre mère, aient honte de leur propre corps, fassent des bêtises parce qu’elles ne savent tout simplement pas ce qui leur arrive ou comment le gérer.
Moi je me souviens parfaitement du jour de mes premières règles. J’avais eu très très mal au ventre toute la journée, je pensais être malade. Lorsque je suis rentrée chez moi le soir j’ai immédiatement compris et j’en ai informé ma maman immédiatement (elle aussi se souvient parfaitement de ce petit bout  de carton sur lequel je lui avais écris “maman, je crois que j’ai mes règles, tu peux demander à ton collègue de partir s’il te plait”  ^_^) J’avais 9 ans (les femmes sont toutes précoces dans ma famille) mais je savais exactement ce qui se passait, comment le gérer et j’étais même fière de “devenir une femme” (du moins c’est ainsi que je le voyais à l’époque).
Par contre, ça a été très dur à vivre à l’école car vous vous imaginez bien qu’ à 9 ans, en CM1 j’étais la seule à être réglée, qu’à l’époque les protections n’étaient pas aussi discrètes qu’elles le sont désormais….
J’en profite pour remercier infiniment ma maman pour cette éducation qu’elle m’a donné et à travers laquelle elle m’a appris le droit des femmes, le dialogue et l’importance de co-mmu-ni-quer !
Que vous soyez jeune fille, mère, tante, père, frère, vraiment ce livre est un petit bijou.

Quelques extraits

  • La réalité de ce sang tant fantasmé qui n’est, en réalité, que ça : du sang.
  • Lorsqu’un homme non menstrué pète un boulon, fait une crise de nerfs, un coup de déprime ou mange trois tablettes de chocolat devant sa série préférée, personne ne lève un sourcil (sauf quand on le traite de femmelette, parce qu’il n’y a décidément rien de pire que d’être assimilé à une femme…). Lorsque c’est une femme qui le fait, ça devient une arme contre elle. On ne justifie jamais les actions impulsives des hommes par une chute d’hormones (alors que des recherches ont été faites sur l’andropause, le versant masculin de la ménopause qui entraîne une chute de testostérone et donc des changements physiques et comportementaux), mais si une femme lâche un coup de gueule ou se tape une crise de larmes, on sera toujours prompt à lancer un : « Elle a ses règles ou quoi ?! »
  • Personne ne vous juge parce que vous achetez des serviettes ou des tampons.
    Ça n’a rien de honteux, pas besoin de rougir ou de dissimuler votre paquet sous douze achats inutiles dans le but de noyer le poisson. Vous ne pouvez pas vous retenir d’avoir vos règles, vous devez bien vous protéger, donc faites-le sans vous cacher !
  • Nous avons appris à séduire sans choquer, à cultiver cette image de femmes lisses et sans fluides, sans fuites ni éruptions. Nous avons appris à répondre aux commentaires offensants par des remontrances doucereuses sur fond de sourires figés. Mais surtout, nous avons appris à avoir honte de nos corps, honte de nos règles, honte d’être en bonne santé, fonctionnelles et normalement constituées.

Travail soigné de Pierre Lemaitre

Mélanie © Alittlepieceof

Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits… La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la “méthode Verhoeven”. Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes, mais celle-ci va le laisser totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu’à la vie même de Camille qui n’échappera pas au spectacle terrible que le tueur a pris tant de soin à organiser, dans les règles de l’art…

Mon avis

Pierre Lemaitre, je le découvre à reculons. D’abord par son Goncourt, Au revoir là-haut puis par ce qui a fait de lui un auteur à succès, ses thrillers.
Et après avoir lu celui-ci, je comprends l’étonnement de ses “fans” à la lecture du Goncourt… Il y a en effet de quoi en perdre son latin. On ne retrouve en effet rien de commun entre son roman historique et les crimes abominables qu’il décrit dans Travail Soigné. Mais je comprends mieux l’engouement qu’il a pu susciter avec ses premiers textes. Avec ce premier roman de la trilogie Verhoeven je découvre un auteur de thriller à l’esprit tordu, qui mène son lectorat dans les méandres des crimes les plus noirs, des scènes de crimes les plus glauques. Du pur bonheur pour les amateurs du genre !
Ça se lit vite et bien, dans cette espèce de frénésie propre au roman policier qui provoque nuits blanches et sueurs froides. L’histoire a beau être cauchemardesque, on en veut encore ! Les pages se tournent dans une folle envie de connaitre la suite. Bref, j’ai adoré !
Verhoeven est un commissaire attachant, ses quelques  névroses ne sont ni exagérés (comme dans beaucoup de romans policiers ce qui à force commencent à m’agacer ! ) ni insurmontables. Il traine quelques casseroles, à commencer par son physique mais Lemaitre n’en fait pas  un martyr ( du moins pas dans la majeure partie du livre). C’est un bon flic, avec une bonne équipe. Ils se retrouvent face à une enquête hors norme, qui défie les lois de l’acceptable, qui fait grimacer d’horreur et se demander comment un auteur peut imaginer de tels sévices… L’ensemble est fluide, palpitant, bien mené… Quelques indices sur l’identité du meurtrier sont savamment semés sans qu’à aucun moment l’on puisse avoir de certitudes, ce qui pousse évidemment à tourner les pages encore et encore quitte à sacrifier quelques heures de sommeil.
Et puis vient le dernier tiers du roman et là, grosse claque… Toutes les certitudes que l’on pensait avoir volent en éclat. Lemaître nous a mené  par le bout du nez et ce depuis le début ! Un sacré coup de génie (pour ne pas dire un sacré coup de maitre, sans mauvais jeu de mots…) J’ai juste eu envie de tout reprendre depuis le début tellement le retournement de situation est grand. Ensuite, le pire ne peut qu’arriver, la situation que l’on redoutait depuis le début et à laquelle on ne voulait pas croire mais qui arrive pourtant aussi terrible soit-elle…
La suite, VITE !!!!!!

Quelques extraits

  • Lorsqu’ils arrivent sur les lieux d’un crime, inconsciemment, les plus jeunes cherchent des yeux l’endroit où se trouve la mort. Les plus chevronnés cherchent la vie. Mais ici, pas moyen. La mort avait pris toute la place, jusque dans le regard des vivants, mêlé d’incompréhension.
  • Le roman policier a longtemps été considéré comme un genre mineur.
    Il aura fallu plus d’un siècle pour qu’il acquière droit de cité dans la ” vraie” littérature.
    Sa longue relégation au rang de” paralittérature ” répond à la conception que lecteurs, auteurs et éditeurs se firent longtemps de ce qui est censé être littéraire et donc à nos usages culturels, mais aussi croit-on généralement, à sa matière même, à savoir le crime.
    Cette fausse évidence, aussi ancienne que le genre lui-même, semble ignorer que meurtre et enquête figurent en place privilégiée chez les auteurs les plus classiques, de Dostoïevski à Faulkner, de la littérature médiévale à Mauriac.
    En littérature, le crime est aussi ancien que l’amour.
  • A quoi tient la magie d’un livre ? En voilà un autre grand mystère…
  • C’est aux moyens dont la police dispose qu’on mesure l’intérêt que suscitent, en haut lieu, les grandes affaires médiatiques. Camille se vit attribuer une grande salle du sous-sol. Aveugle.
    – C’est bête, un crime de plus, on avait droit aux fenêtres, commenta-t-il.
  • Ces filles étaient exactement comme cette femme, celle qu’il aimait aujourd’hui. Et elles étaient arrivées un beau jour, quoi, invitées ? Recrutées ? Forcées ? Enlevées ? Payées ? Toujours est-il qu’elles s’étaient fait découper, tronçonner par des types qui avaient seulement envie de découper en morceaux des filles aux fesses blanches et onctueuses, et qu’aucun d’eux n’avait été ému par un seul de leurs regards suppliants lorsqu’elles avaient compris qu’elles allaient mourir, que même ces regards les avaient peut-être excités et que ces filles faites pour l’amour, pour la vie, étaient venues mourir, on ne savait comment, dans cet appartement-là, dans cette ville-là, dans ce siècle où lui, Camille Verhoeven, flic tout ce qu’il y avait de plus ordinaire, gnome de la PJ, petit troll prétentieux et amoureux, où lui, Camille caressait le ventre sublime d’une femme qui était toujours la nouveauté absolue, le vrai miracle du monde.

 

Bonne lecture !

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1 thought on “Mes dernières lectures”

  • Bon, alors moi, j’ai beaucoup aimé Lumikko. 🙂
    Effectivement, les personnages sont particulièrement tordus et leurs rapports assez malsains mais somme toute, il me parait normal d’avoir des rapports malsains si je suis tordu, gnark ! J’adhère au double face réaliste/fantastique de cette littérature finlandaise et je crois que la traduction de ce roman passe vraiment bien. C’est vrai que trop souvent, on dirait que les romans étrangers ont été traduits “vite fait” ou pas cher ? Et ça leur nuit malheureusement. Mais pour moi, ce n’est pas le cas de Lumikko. Bah, ça m’a donné envie de lire d’autres Jääskeläinen…

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