Ces temps-ci je passerais bien mes journées à lire. Il y a des périodes comme ça… Malheureusement ce n’est pas possible mais on essaie tout de même de garder un peu de temps dans nos emplois du temps de dingue pour se consacrer à ce loisirs si appréciable et enrichissant. Dernièrement, j’ai eu l’occasion de lire; Un roman graphique, un livre indispensable, un très bel album jeunesse et le dernier Houellebecq.

Ici Même de Forest et Tardi

 

51JBCBCNF5L._SX350_BO1,204,203,200_Monsieur Même est un bien étrange personnage, il règne, tel un monarque déchu sur une terre dont il ne possède plus que les murs. Pour emmerder le plus possibles les habitants de ce royaume indépendant du « pays clos », ceux qui ont, selon lui, volé la terre de ses ancêtres, il est devenu le portier de toutes les grilles et passages et fait monnayer leur ouverture.
Une fois son éreintant boulot achevé, il reste seul dans sa petite maison, posée sur l’arrête d’un mur, et parle à sa mère défunte, au téléphone (ne me demandez pas comment!)
Il ne rêve que d’une chose, que le procès qu’il intente depuis des années contre ses « congénères » passe enfin en justice et qu’il récupère les terres et l’honneur bafoué de ses ancêtres.
La vie de monsieur Même aurait pu continuer longtemps à être monotone s’il n’avait pas rencontré Julie, une jeune femme vulgaire et sans manière, qui fût la compagne d’un ministre qui adorait la regarder pisser (ne me demandez pas pourquoi!).

Dans l’attente de lire le roman ci-dessous et n’ayant pas envie d’en débuter un autre je suis allée farfouillé dans la BDthèque de Monsieur. Il m’a conseillé ce roman graphique qu’il aime beaucoup après que nous ayons vu « Avril et le monde truqué« . Un « classique » de Forest (au texte) et Tardi (au dessin) semble t-il.
Des dessins en noir et blanc uniquement, très fourni, riche en détails. Une histoire qui tient debout (sur fond de politique et de droit du sol) mais qui se déroule sur un fond farfelu, surréaliste, sarcastique et cynique, qui emmène le lecteur dans un univers complètement loufoque fait de contre vérité, de critique de la société et de dialogues encensés. Il faut s’attendre à être dérouté, à être dérangé par cette oeuvre car rien ne semble réellement tenir de bout et pourtant, on se laisse aisément emporter dans la tempête.

Soumission de Michel Houellebecq

soumission_referenceUne anticipation dans laquelle un parti musulman remporte la présidentielle contre le Front national.
Le Front national de Marine Le Pen, qui a déjà perdu le scrutin de 2017, subit la loi d’une alliance UMP, UDI, PS, associée à la Fraternité musulmane, parti inventé par l’auteur. Son leader, Mohammed Ben Abbes, finit par être élu et choisit François Bayrou comme premier ministre.

Après avoir lu le premier roman à succès de Houellebecq que j’avais trouvé un peu trop glauque à mon goût sans être inintéressant toutefois, j’ai retrouvé la plume de l’auteur avec un immense plaisir. Poussée par deux de mes meilleurs ami(e)s avec qui je partage mes lectures je me suis plongée dedans la tête la première. J’ai retrouvé avec un plaisir non dissimulé la plume de l’auteur, la maturité en plus et le désespoir en moins (quoique…). En trois jours, je l’avais terminé, chose très très rare chez moi et gage d’une très bonne lecture.
Ce qui m’avait dérangé je crois dans son premier roman c’est que j’identifiais trop le personnage principal à l’auteur, allant même jusqu’à me demander s’il ne s’agissait pas d’une sorte d’autobiographie. Là, pas du tout et il a une réelle distance entre l’auteur et son personnage même si le style « Houellebecq » et sa vision de la société est palpable. On retrouve à travers son récit tout son sexisme, sa misogynie, la solitude et l’asociabilité de ses protagonistes.
C’est écrit avec une grande fluidité sans pour autant entrer dans de la littérature de gare car derrière ce texte il y a une pensée, une pensée politique, une pensée sociale et surtout une pensée religieuse.
Houellebecq va assez loin dans son scenario et a extrêmement bien choisi le milieu dans lequel évolue son personnage principal (qui aurait pu croire que des érudits flanchent à ce point ?).
Mais… je m’attendais à tout autre chose compte tenu du « buzz » que ce roman a fait à sa sortie. Je pensais avoir affaire à quelque chose de plus violent, de plus trash alors que pas du tout (comme quoi il vaut mieux ne s’attendre à rien en ouvrant un bouquin. Heureusement je n’avais lu aucune critique dessus avant d’écrire celle-ci).
Il est question ici d’une quête spirituelle, politique et religieuse de l’auteur, qui en se plaçant dans un futur très proche rend son histoire crédible. Évidemment la politique reste centrale et sert de trame à l’histoire mais c’est bel et bien une quête religieuse qui anime le personnage principal (et l’auteur) à travers pas mal de généralités, énormément de pensées sexistes (du Houellebecq quoi !) et de très nombreuses influences philosophiques (comme je suis contente d’avoir lu Le monde de Sophie juste avant, sinon j’aurais passé mon temps à stopper ma lecture pour regarder dans le dico ce qu’est le naturalisme, le matérialisme, le nihilisme…) et littéraires.
Le fait d’avoir choisi un homme de lettres comme protagoniste lui permet de très nombreuses assertions littéraires classiques que j’ai vraiment beaucoup aimées. J’ai à ce titre été très frustrée et à la fois passionnée par les nombreuses allusions aux textes d’Huysmans. Il faudrait presque en refermant ce roman, ouvrir ceux d’Huysmans et relire Soumission ensuite. Je suis certaine que cela apporterait un tout autre éclairage.
Mais, sur le côté politique, il aurait fallu à mon sens qu’il aille plus loin dans son récit, notamment dans les relations qu’il semble tisser entre les identitaires et l’accession au pouvoir d’un parti musulman. Il effleure le sujet faisant de son personnage (et de son lecteur) un simple spectateur. Un simple spectateur qui se retrouve sans son mot à dire, sans aucun pouvoir pour empêcher notre société de sombrer dans l’extrême et là je ne suis pas d’accord avec lui, car je fais je crois partie des résistants (j’ai été élevée par des militants que voulez-vous), de ceux qui dans une telle situation monteraient au front et dans son récit, personne ne lève le moindre petit doigt, comme si personne ne se sentait capable de lutter, comme si ce n’était même plus la peine de lutter. Si l’on se place au niveau de son personnage, qui ne vote même pas, il est certain que c’est la première réaction à avoir, mais, de mon point de vue, cela m’a paru inacceptable.
J’ai d’ailleurs beaucoup aimé ce personnage central, cet intellectuel Houellebecquien désabusé en mal de sexe et d’amour, qui fait vivre au lecteur, à travers son propre regard, une situation politique d’anticipation. Car s’il s’agit bien d’une anticipation, même si elle est relativement proche de nous et compte tenu de l’actualité de ces dernières semaines, des régionales dont les résultats de certaines régions sont plus qu’inquiétantes on ne peut que trouver s’identifier à ce scenario dantesque. Mais n’oublions pas que Houellebecq a fait de la provoc’ son fond de commerce. Et j’ai bien du mal à comprendre en quoi celui-ci a pu faire peur à sa parution…
Je ne veux pas nier le fait que nous sommes dans une situation politique des plus critiques, ni faire comme si je ne voyais pas à quel point notre société est faite d’individualisme et de vénalité mais… quitte à passer pour naïve j’aime croire qu’il existe une alternative, que l’espoir est là et qu’il faut se battre pour cela. Je ne suis pas aussi cynique et désabusé que ce sacré Michel 🙂
J’ai de ce fait pris ce récit avec énormément de recul, et beaucoup de second degré. Son scenario ne me fait pas peur, et s’il touche du doigts les fondements de notre société avec de nombreux thèmes primordiaux (le délitement de la classe politique, la place de la femme, la liberté de la presse…), des scénarios comme celui de « 2084 » de Boualem Sansal et plus encore « La Présidente » de François Durpaire et Farid Boudjellal (que je n’ai pas lus mais dont j’ai beaucoup entendu parlé) me paraissent encore bien plus alarmant. Houellebecq fait pour moi un constat, que chacun peut et doit analyser à sa manière.
Il est vrai qu’il pointe les très nombreux travers de notre société, mais croire qu’il s’agit là d’une manière prédire l’avenir, je ne le crois pas. Je me situe plus du côté des résistants je crois et j’aime à croire que, si ce genre de situation politique inédite arrivait nous serions une poignée d’irréductibles pour lutter et ne pas laisser s’évaporer notre droit à la liberté (de penser, de s’habiller, d’aimer, de s’exprimer…)
La fin m’a laissé comme un goût amer… le discours qui voudrait que pour qu’un homme soit heureux se résumerait à avoir une femme pour la bouffe, une autre pour la baise, du fric et une grosse baraque est extrêmement réducteur. L’accession à l’islam dans le roman est elle aussi réduite à une simple quête matérialiste plus que spirituelle (viens rejoins nous tu auras un chouette taff, plusieurs femmes et une grosse baraque…) comme si à aucun moment il n’était question de foi !
Ceci dit, c’est un roman dont le cynisme m’a plu, qui peut pousser à la réflexion sur les fondements de nos principes républicains mais que je considère plus comme une fable que comme un signal d’alarme.
J’ai passé un bon moment de lecture en sa compagnie et cela me donne d’autant plus envie de lire ses précédents romans, en particulier La possibilité d’une île et les Particules élémentaires pour réussir à percer ce mystère que représente pour moi Houellebecq.

Paloma et le vaste monde de Véronique Ovaldé

Elles étaient trois sœurs, surnommées Santa Maria, Paloma et Rubéole. Elles vivaient avec leur mère à Camerone, rue du Capitole, dans un petit appartement de trois pièces. Paloma, qui s’appelait en fait Colombe, avait une grande imagination et des envies d’aventures, de découverte du vaste monde… Pour cela, elle devait d’abord convaincre les siens de la laisser partir. Et réussir à les quitter. Après La très petite Zébuline, un album attendu où l’on retrouve la couleur exotique, l’art consommé du conte et la plume gracieusement imagée de Véronique Ovaldé.

Paloma et le vaste monde est un livre jeunesse d’une très grande beauté. Je l’ai acheté pour l’offrir à une jeune fille pour Noël (chut !) et n’ai pu n’empêcher de le lire avant de l’emballer parce que Véronique Ovaldé fait sans aucun doute partie de mes auteurs contemporains favoris. Les dessins y sont magnifiques et l’histoire bien que courte, très poétique. Une invitation à la liberté, à l’émancipation et au voyage.

Eux, c’est nous ! de Danniel Pennac

Agissons ensemble pour les réfugiés!
Avec ce livre, plus de 40 éditeurs jeunesse souhaitent porter ensemble un message de bienvenue et de solidarité.
Daniel Pennac, voix majeure de la littérature, nous invite d’abord à réfléchir et à ouvrir grand notre esprit et notre coeur. Puis Jessie Magana et Carole Saturno, à partir des 8 lettres du mot RÉFUGIÉS, proposent 8 courts textes pour aider les plus jeunes à comprendre.
Serge Bloch apporte l’humanité de son trait à ce petit livre solidaire, à partager le plus largement possible!

Un autre petit livre pour enfants, que cette fois-ci j’ai acheté pour moi mais qu’il me semble indispensable de diffuser autour de soi. D’autant plus par ces temps politiques troubles…
Pour-ce que OUI, eux, c’est nous, c’est vous, c’est moi, parce que si notre pays était en guerre nous aussi nous n’aurions d’autres choix que de partir, à contre coeur, de tout abandonner vers l’inconnu et que nous serions bien heureux d’être accueillis, et non rejetés.
L’intégralité des ventes sera reversée à la CIMADE, association oeuvrant depuis des années auprès des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile.

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