{Théâtre} La nuit des rois par la cie Hypermobile

{Théâtre} La nuit des rois par la cie Hypermobile

La_nuit_des_rois_3Dans cette comédie échevelée, Shakespeare fait exploser les genres, les frontières et les interdits. Ici seul règne le désir.

Nous sommes au coeur de l’hiver – “ Twelfth night ” cela veut dire la douzième nuit après Noël – le pays est gouverné par le comte Orsino, passionnément amoureux de la comtesse Olivia. Mais cette jeune beauté a décidé de s’astreindre à un deuil de sept ans pour pleurer son frère mort, et repousse tous ses courtisans. Orsino se contente donc de lui envoyer des messagers. Victimes d’une tempête, deux jumeaux, Viola et Sébastien, comme une même figure dédoublée, s’échouent séparément sur les rivages de l’Illyrie. Chacun d’eux pense l’autre noyé. Viola va alors jouer le rôle du fauteur de trouble dans ce monde figé de toutes parts, et créer le désordre. Sous le nom de Cesario, elle se travestit en homme pour mieux approcher Orsino; elle en tombe aussitôt amoureuse. Orsino décide de faire de Viola/Cesario son nouvel émissaire auprès d’Olivia; Olivia s’éprend aussitôt de Cesario/Viola.

Une pièce de Shakespeare cela peut faire peur, c’est vrai. Encore plus lorsque l’on n’est pas habituée au théâtre classique (comme moi) et que la pièce dure plus de deux heures…
Mais j’avais eu de tels échos de cette pièce que je me suis laissée tenter et quel bien m’en a pris !
Cette pièce est tout bonnement géniale ! Sans pourtant connaître le texte original j’ai plongé la tête la première dans l’histoire. Si pendant les premières minutes il faut être attentif à qui est qui dans cet imbroglio amoureux, la mise en scène relève du brio et rend hommage au texte du tragédien anglais avec une immense dose d’humour et revisitée avec beaucoup de modernité sans rien lui enlever à son lyrisme. Les acteurs y sont fabuleux.
Que désirent les personnages de Shakespeare ? L’idée de l’amour “ the spirit of love ” dit Orsino (joué par un acteur aux faux airs de Colin Firth). L’amour pour une image, l’amour pour un être disparu, l’amour pour la bouteille… Ce ne sont que des amours mortes.
Orsino et Olivia vivent cloîtrés, comme dans un conte ils sont ensevelis avec leur suite dans le sommeil et ils frôlent le réel comme des somnambules. Ils vivent dans leur nuit, La Nuit des rois.
Dans cette nuit, on croise des âmes malades : Orsino, malade de désir, un désir impatient, cruel ; Olivia, qui prétend échapper à la nature et à la vie ; Malvolio malade d’orgueil, d’amour propre ; Tobie noyé dans l’alcool.
Soudain, survient l’objet du désir – juvénile, à la fois homme et femme, Viola et Sébastien, interprété par une actrice que l’on croirait sortie du berceau tant elle parait jeune et frêle mais qui interprète ses personnages avec passion.
Et puis il y a aussi Feste, le fou qui orchestre les facétieux dérèglements… jusqu’à une totale confusion des identités et des sentiments. Amours désaccordées, au-delà des âges et des genres : qu’importe ! « Si l’amour se nourrit de musique, jouez donc / Donnez m’en à l’excès. » Le bonheur, avec Shakespeare, c’est que le labyrinthe des malentendus et des entourloupes dont le spectateur est, au fil de la pièce, le témoin amusé, mène à la réconciliation et donc à la joie.

Dans le décor astucieux de palais-dortoir (les lits où se conjuguent le sexe et le rêve), la jubilation se fond dans la mélancolie. Les comédiens sont tous excellents (…). Avec justesse, modestie et une grâce infinie, Poirée et sa troupe d’amoureux transis ré-enchantent nos nuits d’hiver meurtries.
Les Echos – Philippe Chevilley – 01.2015

Mise en scène : Clément Poirée
Texte français : Jude Lucas Avec : Suzanne Aubert, Moustafa Benaïbout, Camille Bernon, Bruno Blairet, Julien Campani, Eddie Chignara, Matthieu Marie, Laurent Menoret, Claire Sermonne Scénographie : Erwan Creff

Prochaines dates :

– les 1er et 2 octobre au Théâtre de Pau (64)
– le 4 octobre au Théâtre de Chartres (28)
– le 7 octobre au Centre des Bords de Marne, Le Perreux (94)
– le 11 octobre à l’Espace Sarah Bernhardt, Goussainville (95)
– le 14 octobre au Théâtre de Corbeil-Essonnes (91)
– le 18 octobre au Théâtre de Cahors (46)
– le 3 novembre au Théâtre André Malraux, Rueil-Malmaison (92)
– le 8 novembre au Carré Bellefeuille, Boulogne-Billancourt (92)
– le 17 novembre au Trois Pierrot, Saint-Cloud (92)
– le 19 novembre au Théâtre des Trois Vallées, Palaiseau (91)
– le 22 novembre au Théâtre Luxembourg, Meaux (77)
– le 24 novembre au Théâtre 9, Le Blanc Mesnil (93)
– le 27 novembre à l’Orange bleue, Eaubonne (91)
– le 29 novembre à la Scène Watteau, Nogent-sur-Marne (94)
– le 3 décembre à l’Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge (91)
– les 8, 9 et 10 décembre au Théâtre Sénart (91)
– les 13, 14 et 15 décembre à la Scène Nationale d’Angoulême (16)

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